La fascination qu’elle exerce pour les américains est probablement de pouvoir observer un temps(pas si lointain) où le politiquement correcte, la discrimination positive, n’existaient pas et où être sexué sur son lieu de travail, boire du whisky à dix heures du matin au bureau était normal. On parle d’une « Mad Men attitude » qui est évoquée, par exemple, dans les très branchées Entourage ou dans How I met your Mother (deux autres séries que j’adore !)Mais cela ne constitue que la partie émergée de l’Iceberg, comme le style vestimentaire et l’élégance de la mise en scène. Je pourrais vous dire que dès le générique, une version pop de celui de Vertigo d’Hitchcock, j’étais accro à cette série, que la beauté de Don Draper (Jon Hamm) ne cesse de me confondre et que je rêve d’avoir les mêmes sous-vêtements que Joan Holloway-Harris… Je pourrais vous dire tout ça et pourtant je n’aurais pas du tout pointé du doigt ce qui rend cette série, absolument exceptionnelle.
Si Mad Men en explorant les comportements au travail et dans la vie intime d’une dizaine de personnages, travaillant dans la publicité dans les années 1960 est si extraordinaire, c’est qu’elle est explore l’évolution lente et complexe des mentalités, qu’elle explore l’Histoire des individus et des familles. L’attrait principal de cette série, c’est que rien de tel n’a jamais été consommé à la télévision. Les personnages sont d’une telle épaisseur humaine que regarder Mad Men est comme voyager dans le temps, sans le nettoyage idéologique et esthétique souvent rencontré dans les films et séries historiques : Les femmes enceintes fument et boivent, les hommes d’affaire se plient à des règles d’éthique, les secrétaires sont harcelées sexuellement, et le racisme est la norme. Les personnages sont plus souvent en retard sur leur temps qu’en avance, comme des gens normaux ! Leur complexité ne cesse de nous fasciner, car ils ne sont pas livrés clef en main, ils existent devant nous et à nous de tirer des conclusions. Pas de clin d’œil, le spectateur ne peut pas savoir à quoi s’attendre, et le plaisir (intense) vient non pas de l’anticipation mais de la surprise. Mad Men se situe dans un univers différent de tous ce qui passe à la télé, c’est une chronique de la vie quotidienne qui ne tombe jamais dans le soap opera. Dans un soap opera rien ne vous est épargné et l’accent est mis, sur l’action, les péripéties, les clichés, la psychologie à la petite semaine et le suspense. Dans Mad Men, il ne se passe presque rien, et s’il se passe quelque chose, cela reste souvent en fond dramatique, car ce qui compte ce sont les personnages, leur personnalité et leur évolution. C’est une série réflective,elle nous permet de regarder comment le monde fonctionnait à la fin des années 50 début des années 60, nous permet de comprendre d’où nous venons. Les enfants dans Mad Men sont devenus nos parents. Cette série donne la chance inespérée de comprendre l’évolution de l’intimité, des rapports hommes/femmes, parents/enfants.
Les années 50 sont pour les américains le temps d’avant, le paradis perdu, où tout était « simple ». Mad Men montre qu’au contraire sous ce calme apparent un monstre avait bien du mal à se cacher : le malaise, le mal être humain. Cette série est merveilleusement accrochante et séminale. Sans qu’il ne se passe quelque chose de marquant, chaque épisode semble ouvrir un monde de possibles. Donc sociologiquement, et historiquement cette série est extraordinaire, mais artistiquement aussi, un ami pointait du doigt qu’à la fin de la saison 2, Don draper semblait être entré dans un monde à la Antonioni, et il est pour moi évident que Don vient des romans de Steinbeck et de Dos Passos, qu’il a l’âme d’un beatnik prêt à prendre la route avec Jack Kerouac, mais que pour une raison qui lui appartient il se confine dans son rôle de génie publicitaire à la « Ma Sorcière Bien aimée » qui se plie à la vie quotidienne névrotique de la banlieue américaine. Ce mélange forme un cocktail détonnant qui parce qu’il ne se mêle jamais vraiment nous convie à la fascination passionnée !