Bien évidemment, les fictions télés sont faites pour générer des profits. il y a des millions de personnes qui patiemment attendent (ou pas) les diffusions télévisées et espèrent qu’on ne leur prendra pas la tête avec ce qui s’est passé avant et ce qui se passera après : D’où des séries comme Bones, NCSI, CSI (les experts) que l’on peut regarder en faisant autre chose !Apparemment, hélas, ce type de séries, serait l’avenir de la fiction télé. Profitons donc de l’âge d’or tant qu’on est dedans ! En attendant les saisons 3 de Mad Men, In Treatment, la saison 6 de House MD, il reste pour l’été les séries à potentiel. Dans cette catégorie entre Fringe de JJ Abrams…
Lorsque sur une affaire étrange, le partenaire et amant d’Olivia Dunham (Ann Torv), agent du FBI, est touché par des produits chimiques, qui le tuant, rendent aussi sa peau invisible. Olivia prend conscience qu’il y a tout un monde qu’elle ignore. Elle engage alors Peter Bishop (Joshua Jackson), pour sortir son père, Walter Bishop (John Noble), scientifique à la source de tous les phénomènes étranges, de l’hôpital psychiatrique dans lequel il est enfermé depuis 17 ans ! Impressionnant ses chefs, elle est ensuite affectée aux enquêtes Fringe (ce qui veut dire frange en français, mais s’apparente à la marge, la frontière entre ce qui est communément perçu comme naturel et surnaturel). Bientôt on comprend que tous les événements sont liés au passé (les expérimentations que menaient Walter Bishop et William Bell dans leur labo d’Harvard) et à l’avenir, car quelque chose se prépare. Ce quelque chose ils l’appellent The Pattern (le schéma en VF) !
Tout d’abord si l’on considère les créateurs de séries comme des auteurs, il est intéressant de signaler les motifs récurrents (pattern en anglais) de l’œuvre d’Abrams . Comme Sidney Bristow dans Alias, Olivia perd l’homme de sa vie dès le premier épisode. Comme Sidney Bristow elle est a été conditionnée dès l’enfance pour faire le métier qu’elle fait, et comme pour Sidney Bristow, elle n’en savait rien ! Comme dans Alias, parents et enfants sont obligés de travailler ensemble. La mémoire et les souvenirs communs deviennent un enjeu autant qu’un moteur. Comme dans Alias les personnages principaux ont des QI largement supérieurs à la moyenne. Comme dans Lost la réalité est relative et on peut la mettre en doute ! Comme dans Lost les noms de certains personnages ne sont pas anodins. John Locke dans Lost, la famille Bishop dans Fringe. Si Bishop veut dire évêque, c’est aussi la pièce que l’on nomme le fou aux échecs (j’appuierais la référence aux échecs et non à la folie car bien sûre le bishop n’a pas en anglais la connotation de fou)! William Bell qui n’apparaît que dans le dernier épisode de la saison 1 (joué par Leonard Nimoy ) est toujours appelé professeur Bell, or il y eut un autre professeur Bell, scientifique et médecin qui inspira à Conan Doyle le personnage de Sherlock Holmes. Le professeur Bell vivait à Edimbourg à l’époque où Stevenson créa docteur Jekyll et Mister Hide! Le laboratoire de Walter Bishop à Harvard est une sorte de cave poussiéreuse, avec un matériel obsolète qui aurait pu être utilisé par les docteurs Jekyll et Frankenstein. Pour continuer les rapprochements littéraires, je note que la présence de l’influence de Philip K Dick se fait de plus en plus présente dans le travail d’Abrams : Dans Lost Locke sortait le livre Valis de la bibliothèque de Ben Linus! Dans Fringe, notre merveilleux personnage de savant fou, admet que dans les années 60/70 Bell et lui ont pris de l’acide et que c’est comme ça qu’ils ont d’abord pris conscience d’une réalité alternative, d’un univers parallèle, qu’ils ont ensuite tenté de retrouver physiquement et scientifiquement ! Comme dans Alias et dans Lost le casting est parfait ! John Noble, qui joue Walter Bishop, fait parti de ses acteurs qu’on n’avait presque jamais vu et dont on se demande « d’où viennent-ils ? » et bien du théâtre ! Walter Bishop est un personnage formidable, savant fou, génial, amnésique, gâteux et enthousiaste qui a inventé les machines les plus improbables. Son discours décousu et ses obsessions pour la nourriture sont hilarants. Il semble tout droit sorti d’un roman de science fiction pour enfants, il est une sorte de professeur Tournesol qui aurait pris trop de drogues ! Son fils, Peter est joué par Joshua Jackson, qui était pour moi la seule raison de ne pas zapper quand je tombais sur Dawson creek (il interpretait Percy)!Mon seul problème avec Joshua Jackson c’est qu’il fait parti de ces gens qui ont un potentiel formidable mais qui devraient cesser de vouloir plaire ! Si c’était le cas, en tant qu’acteur il pourrait atteindre le charisme d’un génie comme Orson Welles à qui d’ailleurs il ressemble de visage !Je ne sais pas encore trop quoi penser d’Ann Torv, elle a une présence et une opacité intéressante, qui sont en accord avec le personnage d’Olivia Dunham, j’attend de voir comment elle vivra la saison 2.Il y a dans le discours de Walter Bishop une récurrence d’anecdotes considérées lorsque rapportées comme mythomaniaques : Peter aurait échappé miraculeusement à la mort. Deux fois Walter dit qu’il a été gravement malade, de maladies étranges, et une autre fois, il raconte que tous deux ont failli périr en se noyant dans un lac gelé. A chaque fois Peter a été miraculeusement sauvé. On ne sait pas pourquoi Walter raconte ce genre d’histoire car Peter n’a pas souvenance d’avoir failli mourir. Et c’est justement ce motif, par son décalage et son étrangeté qui est le plus prometteur dans cette série. Contrairement à Alias et Lost, la série se prend nettement moins au sérieux et affecte un sens de l’humour sur elle-même qui est très agréable.
Le problème c’est que les personnages manquent encore d’épaisseur humaine, on s’amuse en les regardant, mais une certaine distance s’installe. Au cœur même d’un épisode il est facile de décrocher alors que ce ne fut jamais le cas dans Lost et Alias qui nous tenaient par le souffle.Pour conclure j’espère que l’on peut considérer cette première saison comme un prélude et que la seconde va tenir ses promesses. Il y a un très bon potentiel dans cette série, mais s’il n’est pas exploité on se lassera très vite !