In Treatment (je préfère garder les titres originaux) fut d’abord une série Israélienne appelée Betipul qui remporta toutes les récompenses possibles en Israël. A quelques détails prés In Treatment est juste l’adaptation au monde américain de cette série !
Que l’Amérique recycle les succès du reste du monde n’est pas un secret, mais il fallait être plutôt culotté pour relever ce défi là, car sur le papier In Treatment n’est pas une série sexy et son moteur n’est pas l’action.
Dans The Sopranos la psychothérapie était un des moteurs de la narration. Dans In Treatment, la thérapie est l’unique moteur. La série fonctionne en temps réel, chaque épisode est une séance avec un patient ! Gabriel Byrne joue le psychanaliste, et Dianne Wiest joue le rôle de son mentor qu’il consulte lui-même chaque vendredi !
Pour moi le choix de casting a une signification et s’inscrit dans une filiation, Dianne Wiest a beaucoup joué dans les films de Woody Allen Bullets Over Broadway, Hannah and Her Sisters, September, The Purple Rose of Cairo. Et Woody Allen a beaucoup mis en scène la psychanalyse, et je pense notamment à deux de ses films Everybody says I love you et Another Woman, dans lesquels des thérapie sont observées par le trou de la serrure. Dans Another Woman, Gena Rowlands revisitait sa vie, à la lumière des confessions de Mia Farrow chez son voisin psy. In Treatment nous met dans cette position, d’être témoin d’un processus qui se fait sans témoins ! En fait la série fait son travail de boite à échos, comme la pièce, caisse de résonance (ou pourrait-on dire de raisonnance) qu’était le cabinet du psy dans Another Woman !
Le premier témoin est Paul Weston, le réducteur de tête de notre série. Dans la première saison une de ses patientes, Laura, le lundi, exprime son amour pour lui, elle fait un transfert. Tout irait bien si le couple de Paul ne battait pas de l’aile et s’il n’hésitait pas sérieusement à franchir la ligne. Donc en creux se construit le portrait de Paul, petite touche par petite touche. Chaque jour on le voit écouter ses patients, puis le vendredi on voit ses réactions, son humanité, loin de ce que les patients peuvent projeter ou bien terriblement proche. Nous n’avons pas ici des personnages qui débitent des discours crées par leur intellect nous avons des combats dangereux qui semblent toujours à la limite du devenir physique. Oui c’est l’esprit qui s’exprime mais des vies sont en jeux, aucun des patients de Paul n’a des problèmes anodins ! Et le suspense est plus réel que jamais car ici il ne s’agit pas de personnages clichés qui vont agir selon les préceptes de l’écriture scénaristique, il s’agit d’êtres humains en souffrance dont les désirs et les peurs animales ne sont plus sous le contrôle de la société.
Le risque numéro un dans la conception d’une telle série serait l’artificialité, la lourdeur. Tous les épisodes reposent donc sur les acteurs, ils jouent des personnages englués dans leurs problèmes qui peu à peu vont se dénuder. Heureusement la série est américaine et les acteurs américains prennent leur travail au sérieux, aucun ne cabotine, ils sont spécifiques, émotionnels et vrais. Leurs personnages pourraient être apparenté à des clichés mais ils révèlent couches après couches leur humanité, et donc leur faillibilité ! Chaque épisode est en lui-même un duel d’acteurs au sommet !
On parle souvent d’un age d’or des séries, et au passé ! Peut-être que les épopées sont en train de s’essouffler, effectivement, mais comment peut-on mettre l’age d’or au passé, lorsque l’expérimentation et l’exigence font encore partie du temps présent, surpassant par exemple les représentations politiquement correctes et petites bourgeoise de la télévision française. In Treatment est une bouffée de profondeur, d’intelligence, de sagesse sur le monde, une exploration du chaos qui correspond à la réalité de nos vies : In Treatment est à voir absolument !