Tout commença lorsqu’un ami, à l’époque à l’ECS Bordeaux, me contacta pour m’inciter à participer à un concours de nouvelles, organisé par son association étudiante. Je n’étais ni spécialement emballé, ni en confiance. Mais, finalement, je me suis convaincu de travailler sérieusement sur la nouvelle.
J’étais conscient que le jury aurait à lire des dizaines, voir des centaines de nouvelles. Il fallait donc que la mienne soit non seulement différente, mais aussi qu’elle reste ancrée dans les mémoires. Je devais donc proposer quelque chose de différent dans la forme et dans le fond. Pour la forme, je n’ai pas eu à réfléchir longtemps. L’été précédant, j’avais lu le Dracula de Bram Stocker, dont la narration en forme de recueil de journaux intimes m’avait beaucoup surpris. Je décidai donc d’écrire la nouvelle sous la forme d’un journal intime. Pour le fond, je prévoyais d’écrire une histoire violente et choquante, en suivant la philosophie de Léon Zitrone : « Qu'on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L'essentiel, c'est qu'on parle de moi ! »
L’histoire devait être gore, mais encore devais-je choisir le thème. Ayant un certain intérêt pour les tueurs en série, à l’époque, je m’étais dit que le journal intime d’un tueur en série comme base de l’histoire devrait être très intéressant à exploité. Je m’étais beaucoup documenté sur dans ce domaine, le site http://www.tueursenserie.org/ ayant été ma bible, et je trouvais qu’écrire une histoire sur un tueur en série était beaucoup plus complexe et profonde qu’une simple histoire de monstre ou de fantôme, surtout avec le tueur en personnage principal. American Psycho était un très bon exemple. En ce qui concerna la trame de l’histoire, il me semblait que la raison du passage à l’acte (le meurtre) devait être le point central. Il s’agissait d’une nouvelle (maximum 10 pages word), il fallait donc aller vers l’essentiel. Mais je ne voulais pas non plus tomber dans le cliché du tueur en série ayant eu une enfance malheureuse et vivant en reclus (si fréquent à Hollywood). Non, je voulais un tueur froid, méticuleux, intelligent et assumant ses actes. Bien sûr, il fallait que le journal intime ne fasse pas tâche au profil du tueur. Après cette ultime réflexion, je savais que le tueur serait un écrivain qui tuerait pour les besoins de son nouveau livre. Cette idée me vint à l’esprit comme un flash. Mais tous les éléments que je voulais mettre en place étaient réunis dans ce pitch. De plus, le parcours de cet écrivain permettrait plus facilement au lecteur de s’immiscer dans l’esprit d’un tueur et de suivre facilement son évolution jusqu’à l’acte. Le titre était également facile à trouver : L’écrivain.
J’ai été très satisfait dans l’ensemble. La nouvelle présentait certaines lacunes dans le style (car j’avoue, je n’ai pas une plume exceptionnelle), mais elle était agréable à lire et marquait les esprits. D’ailleurs elle fut retenue pour la finale. Malheureusement, je n’ai pu faire partie ensuite des 5 gagnants, car l’éditeur s’était entièrement opposé à sa publication. Je ne lui en veux pas. La première nouvelle étant des comédies ou des drames, le trash (car c’était vraiment gore) n’avait pas sa place.
Par la suite, il m’a suffit d’adapter la nouvelle en scénario, dans lequel je pouvais plus m’attarder sur l’évolution du tueur et lui donner plus de profondeur. En créant le personnage de l’inspecteur, j’ai également pu ajouter une enquête policière à l’histoire de façon à donner un autre angle de vue du tueur, mais surtout pour amplifier le climax.
Actuellement, je suis resté bloqué à la continuité dialoguée. En gros, pour les néophytes, il ne me reste plus qu’à écrire les dialogues. Bien entendu, le processus de développement d’une histoire ne se fait pas en un jour. Rien que dans cet exemple, 3 ans se sont écoulé entre l’écriture de la nouvelle et le début du script. Car avant d’en arriver au script, certains auteurs (dont je fais partie) commencent par le synopsis court (1 à 3 pages), afin de présenter rapidement l’histoire, avant d’écrire un synopsis détaillé (une dizaine de page) où cela pourrait presque s’apparenter au squelette d’une nouvelle. Ces premières étapes permettent d’apercevoir certaines faiblesses du script ou le manque de profondeur. De nombreuses modifications peuvent donc être faites avant de commencer le traitement, c’est-à-dire le scénario sans les dialogues, qui lui permet ensuite de mieux visualiser le film et de juger son rythme et son ambiance.
Alors oui, le scénariste doit avoir une sacré imagination. Mais cela ne suffit pas. Car si l’idée de base est inédite, il faut un travail acharné pour en faire un scénario suffisamment béton pour en faire un film réussi !