Tout le monde sait que LE SILENCE DES AGNEAUX est une adaptation du roman de Thomas Harris ; bien que la continuité (HANNIBAL, de Ridley Scott – 2001) soit elle-même tirée d’un roman du même auteur, sa fin (sensiblement différente) qui fait office d’aboutissement aux méfaits du Dr Lecter, se termine hélas en queue de poisson !
Ce qu’on sait moins c’est que, la rigueur imposée par les détenteurs de droits, étant de n’adapter que les livres de Harris, aucune production ne peut se faire à partir d’un scénario original. Et Thomas Harris ne donnant pas de suite à cet aboutissement, les réalisations suivantes qui allaient être des “préquelles”, ont été faite uniquement, pour presser le citron jusqu’au bout ! Ainsi, à ce stade où le romancier promettait de revenir avec une nouvelle œuvre, les producteurs ont sagement fait preuve de patience en décidant de faire une nouvelle adaptation de DRAGON ROUGE (de Brett Ratner, 2002) ‒ histoire de faire oublier la première version (citée en 1ère partie) ‒ dont l’action située avant LE SILENCE… nous montre en ouverture, l’arrestation du psychiatre assassin. Finalement, le dernier livre de Harris propose de revenir encore avant, sur la jeunesse du personnage… Soit, mais il faut dire qu’un Hannibal le cannibale sans Anthony Hopkins, n’offrait pour le cinéma qu’un intérêt moins salivant. Du coup, HANNIBAL LECTER : LES ORIGINES DU MAL (de Pietro Scalia & Peter Webber, 2007) paraît bien fade au spectateur, qui n’a plus qu’à se faire lecteur pour immortaliser Lecter sous les traits de Hopkins.
Détail pour les puristes au sujet du SILENCE DES AGNEAUX : son réalisateur Jonathan Demme est un poulain de l’écurie Roger Corman, cinéaste dénicheur de talents dans les années 1960, qui découvrit aussi Scorsese et Coppola (autres Movie Brats avec Spielberg, Lucas et DePalma qui admiraient tant le cinéma français de la Nouvelle Vague). Eh bien, ce Corman qui distribua des films indépendants européens aux Etats-Unis (dont quelques-uns de Truffaut), fait une apparition dans LE SILENCE… dans un rôle d’une scène, en directeur du FBI.
Par ailleurs, les plans où des interlocuteurs de Clarice Starling s’adressent dirait-on au spectateur, sont directement inspirés de celui d’A BOUT DE SOUFFLE de Jean-Luc Godard, 1959 (où Jean-Paul Belmondo dit droit dans les yeux du spectateur : « Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la campagne… allez vous faire foutre ! »).
Dernier détail : l’influence du SILENCE... s’est retrouvée dans d’autres fictions, dans des genres parfois sans rapport…
Dans LEON (de Luc Besson, 1994), le personnage interprété par Jean Reno s’échappe à la barbe de la police, en se faisant passer pour blessé grave, qui attire l’attention des secours en relevant qu’une main affaiblie (comme Lecter)…
Dans PAYBACK (de Brian Helgeland, 1999) et même la série PRISON BREAK (saison 2), l’influence s’observe dans l’art de manipuler le spectateur par un savant montage, en faisant croire qu’une menace arrive derrière une porte, et que la cible est en réalité derrière la porte d’un autre site…
Il est toujours utile de rappeler dans ces cas là, que le terme “influence” se traduit davantage par un hommage, que par un vulgaire copiage…

Cinq ans après la sortie du Silence des agneaux, un autre monstre à visage humain n’allait pas détrôner Hannibal Lecter, mais s’imposer de lui-même, grâce à la réalisation (toujours) très travaillée de David Fincher et l’interprétation toute en retenue de Kevin Spacey. John Doe dans SEVEN (1996) fait peur, d’abord parce qu’il est insaisissable et commet des horreurs sans erreurs, puis on le découvre (seulement parce qu’il se livre de lui-même !) comme un petit bonhomme à l’allure d’un monsieur-tout-le-monde. C’est même ce côté “pas impressionnant” qui impressionne, du fait de ses actes que le spectateur connaît, avant de le connaître, lui.
Dr Lecter est raffiné, aime-t-on souligner par cette ironie, qui insiste sur le double-sens avec l’antithèse : fin dans l’élégance et la politesse de sa conversation, et finalement infâme quand il se déchaîne et dévoile tout l’opposé dans sa nature profonde.
John Doe est à sa manière, encore une autre façon de véhiculer les contradictions : on a appris de quoi il est capable dans le résultat de ses crimes, et comment il s’y est pris, puis on le découvre à l’avant-dernier acte du film, homme au gabarit moyen, à la voix flûtée et au ton affable. Mais surtout, il se révèle être très croyant… D’où une contradiction relativement perturbante, d’autant qu’il donne même un sens à ses crimes, voire un aspect artistique, puisqu’il en parle comme de son œuvre.
Pour finir, parmi les nombreuses influences qu’a générées SEVEN… particulière est celle de son générique (réalisé par Kyle Cooper), qui a été par la suite ultra-imité, dans tous les films où leurs créateurs n’étaient pas certains de maîtriser le climat qu’ils voulaient instaurer. Le plus flagrant fut L’ILE DU Dr MOREAU, sorti sur les écrans six mois après ; film tellement formaté qu’il est difficile de savoir ce qu’a pu en réaliser le regretté John Frankenheimer.
Et au-delà de ça, si le scénario d’Andrew Kevin Walker était tombé en d’autres mains que celles de David Fincher, cela aurait donné un film sans doute bien moins original, quand on sait que déjà ce film-là, a failli connaître une fin différente, une autre fin voulue plus standardisée (moins déroutante) par la production, mais refusée en bloc par son réalisateur et sa vedette, Brad Pitt ! Alors, c’est une chance (pour le spectateur et l’auteur) que ce scénario ait fini sur le bureau de Fincher, un réalisateur inspiré et téméraire, plutôt que sur celui d’un mercenaire-cachetonneur, plus “technicien” que véritablement “artiste”… qui n’aurait pas eu la maestria d’en faire un chef-d’œuvre depuis le générique du début, jusqu’au générique de fin.

Le seul film qui pourrait faire le lien entre le bestial slasher (voir 1ère partie) et le serial-killer réaliste, de par sa qualité visuelle de film fauché (et quelques scènes gores), mais néanmoins relevé par son style fouillé qui force à le prendre au sérieux, c’est HENRY, PORTRAIT OF A SERIAL-KILLER (de John McNaughton). Il fait si bien le lien, qu’il se situe chronologiquement entre les deux (réalisé en 1986). Mais l’autre particularité qui le démarque de tous les exemples précédents, est qu’il fut jusqu’alors un des rares à évoquer la vie d’un authentique tueur en série, le sinistre Henry Lee Lucas.
Car avant cela, si Ed Gein a servi de modèle à Tobe Hooper pour créer Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse, il n’a fait que s’inspirer de son univers morbide…
Après, outre les fictions pures, bon nombre de films allaient retracer la vie ou le parcours de ces vrais monstres – les tueurs en série ‒ créant un nouveau phénomène de société aux Etats-Unis et le monde occidental, dont la démesure inspira l’écriture de NATURAL BORN KILLERS à Quentin Tarantino, quand il n’était encore qu’un cinéphile inconnu…






