Au début c’était pour avoir le plaisir délicieux de se foutre la trouille, bien calé dans son fauteuil, juste pendant une heure et demie. Alors, on en a redemandé. Les tueurs se sont multipliés, chacun a récidivé, et se sont alors créées des séries, de tueur en série ! Incident de parcours : de film en film, ils se sont mis à ne plus être pris au sérieux, car finalement tout le monde s’est rendu compte que ça ne foutait plus les jetons du tout. Seulement, tout le monde est un peu resté sur sa faim, car on aime ça, avoir peur dans le confort d’un fauteuil bien dodu… Et puis le tueur fascine. Il a donc fallu le réinventer. Déjà le rendre plus crédible ! Le rendre plus subtile, plus vicieux, plus intelligent, plus raffiné, plus manipulateur. Rendre le monstre plus humain.
Dans la première génération de tueurs, celle des “slasher-movies”, le tueur y est bestial, dénué de toute psychologie ‒ comme ses victimes qui sont exclusivement des adolescents, uniquement motivés par leur premiers émois amoureux ; trucidés un à un et en grand nombre, chacun l’étant d’une façon tou
jours plus originale (en tous cas innovante)… Donc, les plus illustres bouchers du genre, ont presque tous le visage dissimulé sous un masque ; une façon de leur gommer toute personnalité, de les rendre aussi intraitable (et aussi borné) qu’un robot. Ainsi, Leatherface (“face de cuir” avec son masque en peau de visage humain) est l’aîné du troupeau, apparu dans MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE (de Tobe Hooper, 1974). Des suites ont été perpétrées, mais de qualités si mauvaises qu’on les oublie aujourd’hui volontiers. Le film étant lui-même unique par son atmosphère (tout de même censuré 8 ans en France), le personnage de Leatherface ‒ sans visage et sans nom ‒ n’était pas tant la vedette du film, que sa curiosité.

Le premier à avoir véritablement créé le slasher-movie est John Carpenter avec son Michael Myers, dans HALLOWEEN – 1978 (sorti titré La nuit des masques en France à l’époque), connu pour son masque blanc à perruque, n’exprimant qu’une neutralité froide. La série aurait sans doute dû s’en tenir qu’au numéro 2, car les autres suites ont fait terminer la saga en eau de boudin, sans inventivité.
Jason Voorhees est en réalité né avec les suites de VENDREDI 13 (de Sean Cunningham, 198
0), puisque l’auteur du massacre dans l’opus initial, était sa propre mère ! Et ce n’est que dans le deuxième que le petit s’est affirmé, trouvant au passage son joli masque de joueur de hockey (faisant du réalisateur Steve Miner le créateur du personnage sous sa forme connue). Comme Michael Myers au bout de deux films, on croyait en avoir fini avec Jason au bout du quatrième film ‒ donnant dans chacune des deux séries un film qui n’a rien à voir avec eux : Halloween 3 est sans Michael Myers ; Vendredi 13 # 5 est avec un faux Jason ! Il a fallu ressusciter Jason dans le N°6, JASON LE MORT-VIVANT, qui s’auto-parodie (imitant une ouverture à la James Bond). Dès lors, il n’en a jamais fini de pourrir debout.
Celui qui a fait peur au début dans LES GRIFFES DE LA NUIT (de Wes Craven, 1985), et a fini par ne faire que le clown, c’est Freddy Krueger. Le plus original, par son look avec son gant aux doigts terminés par des lames, et ne venant tuer ses victimes que dans leur ultime rêve… Aussi le plus cohérent dans la durée au cours de ses suites, mais qu’un croquemitaine finisse par faire rire, même volontairement, c’est devenu hors su
jet…
La rencontre de ces deux derniers dans un même film (FREDDY Vs JASON, 2003) était plus fantasmée que vraiment désirée par les aficionados, et cette matérialisation qui ne fut pas la hauteur du rêve, a sonné comme un rendez-vous manqué.
Il faut relever au passage que Freddy, est un des personnages les plus célèbres du cinéma, toutes catégories confondues, qui a toujours été interprété par le même acteur : Robert Englund.
D’autres slashers ont bien été lancés par de mauvaises productions, avec pour accroche prometteuse d’être “pires” que Freddy, Jason ou Michael, sous-entendu dans l’atrocité, mais perçus par les spectateurs tels qu'ils étaient : pire dans la qualité !
Qui allait inverser la vapeur de manière radicale et inattendue ?
Ce bon docteur Lecter, le cannibale Hannibal !
Radicale, car enfin le tueur parle, il échange des paroles, et avec le sourire en plus ! Raffiné et suave, il aime discuter courtoisement, il parle, et parle jusqu’à déranger avec ses mots, depuis la cellule qui l’emprisonne. Et quand occasion lui est donnée de s’échapper, la bête se révèle, capable du plus abject dans ses actes.

Il a retourné la crêpe de façon insoupçonnée, car qui pouvait prévoir qu’il deviendrait sans doute plus célèbre que Jason, alors que ses ignominies sont infiniment moins nombreuses ? Dans LE SILENCE DES AGNEAUX (de Jonathan Demme,1991), Lecter ne tue que deux personnages sous nos yeux ! (les quelques autres sont suggérés). Mais si ses meurtres sont moins nombreux qu’un Jason, ils paraissent bien plus abominables, parce que plus réalistes. Et le spectateur a aimé être manipulé par le récit, au cœur duquel l’animal Lecter n’est même pas celui qui fait le plus peur ! Il inquiète et séduit, trouble et fascine jusqu’à la fin, mais le clou du film, LA scène qui fout les grelots, est celle ou “l’autre tueur” Jamie Gumb (Ted Levine) a Clarisse Starling entre ses mains, et s’amuse de la voir paniquer dans ce qui est pour elle l’obscurité la plus totale… scène d’autant plus perverse, qu’elle nous offre la vue subjective du tueur, comme s’il tenait lui-même le spectateur, avec une main sur la bouche, pour l’empêcher d’hurler à Jodie Foster « Fais gaffe il est tout près » !
Le dernier tour de force de ce film, est que cette scène interminable de tension, nous a fait oublier Hannibal – à jamais personnifié par Anthony Hopkins, et à côté duquel le Dr Lecktor (Bran Cox) rebaptisé ainsi dans LE SIXIEME SENS (de Michael Mann, 1986) fait bien pâle figure – Lecter qui à la toute fin, s’éloigne à l’écran, ouvrant la voie aux nouveaux tueurs, les serial-killers intellos.
Souvent imité, rarement égalé...
Le tueur en série : du slasher au serial killer (2nde partie)





