Il est utile de préciser qu'aussi bien techniquement qu'artistiquement, ces films maîtrisés d'un
bout à l'autre, ne laissent aucune part à l'improvisation. Mais voilà un genre qui comme beaucoup d'autres, offre la possibilité de réaliser des productions, à la fois modestes (BLAIR WITCH) ou ambitieuses (CLOVERFIELD), et jusqu'ici vouées au succès, si faites avec originalité. Et ça n'est manifestement pas une exclusivité américaine, puisque REC est une terreur ibérique qu'un remake (américain) n'a pas su effacer. Si le "cas" REC (Paco Plaza & Jaume Balaguero, 2007) met en scène une équipe de journalistes, prisonniers dans un immeuble soudainement mis en quarantaine, à cause d'une présence de créatures menaçantes, en revanche, CLOVERFIELD (Matt Reeves, 2008) est en quelque sorte un savant mélange de Godzilla et du Projet Blair Witch, qui a le mérite de se démarquer de ses homologues au sein du genre, par son côté spectaculaire.
Mais le cas PROJET BLAIR WITCH (Daniel Myrick & Edouardo Sanchez, 1999) est encore plus particulier, car c'est d'une part, le tout premier film a avoir pleinement profité du tout nouvel outil qu'était alors Internet pour sa promotion, et d'autre part, c'est en faisant passer son contenu pour absolument authentique qu'il a garanti son succès... à savoir : un reportage sur la sorcellerie filmé par trois étudiants, retrouvé un an après leur disparition dans une forêt du Maryland. Pseudo-reportage donc, mais précédé d'une rumeur qui persistait à le qualifier de super flippant ! C'est tout ce qu'il fallait pour susciter la curiosité : être les premiers à le faire.
Canular gagnant, BLAIR WITCH rappelle finalement que les faux-documentaires ne sont pas non plus une nouveauté. Déjà l'année précédente sortait en France, dans un autre registre, LES QUATRE SAISONS D'ESPIGOULE (Christian Philibert, 1998) hilarante comédie décalée (qui suit les faux comédiens / vrais habitants d'un village durant une année), si bien faite qu'on ne sait jamais ce qui y est vrai, ou peut-être faux. Et récemment dans BORAT (Larry Charles, 2006), le journaliste Kazakhstan exagérément grotesque incarné par l'Anglais Sacha Baron Cohen, provoque un choc des cultures avec de vrais Américains, qui ne savent jamais s'ils doivent le mépriser ou s'en offusquer, mais qui le prennent tous au sérieux.
Cependant, le film qui a longtemps bénéficié du doute qu'il avait semé, est CANNIBAL HOLOCAUST (Ruggero Deodato, 1980). Il montre des journalistes qui ont découvert une tribu cannibale dans la forêt amazonienne... déjà sur le principe "ils sont partis en reportage, ils ont disparus, on a retrouvé leur film" ! Le sujet laisse imaginer à qui ne connaît pas, ce qu'il peut se passer... Et, fait avec un réalisme à faire froid dans le dos, quand le film est sorti la rumeur selon laquelle les protagonistes auraient réellement été tués lors du tournage, a gonflé en scandale quand il s'est dit qu'ils sont morts "pour" le tournage, et que le film était un authentique snuff-movie ! Interdit dans plus de 50 pays, son réalisateur aurait échappé à la prison en présentant les comédiens à la justice italienne.
Fort redoutable, aujourd'hui encore le film est capable de retourner l'estomac, bien que le doute soit levé...
En 1992, c'
est d'abord à Cannes que des points d'interrogations se sont dessinés au-dessus de la tête des festivaliers, en découvrant C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS... où une équipe de documentaristes fauchés, suit le quotidien d'un tueur qui, pour vivre, fait les poches de ses victimes tout en philosophant sur les différents aspects de la vie. Tourné en 16 mm, ce faux reportage, qui marque les débuts de Benoît Poelvoorde alors qu'il ne se destinait pas à une carrière d'acteur, allait "dérouter" plutôt que "berner" le public... Pourtant, les créateurs belges sont aussi allés faire croire à qui voulait l'entendre sur la croisette, que Robert De Niro avait acheté les droits pour un remake américain ! Mais si par la suite C'EST ARRIVE... a rencontré un vrai succès, c'est plus en VHS qu'en salle - peut-être s'offrira-t-il une seconde jeunesse avec sa sortie DVD en août 2009, 17 ans après !
(Anecdote : en sélection officielle à Cannes en 1992, la même année était présent Quentin Tarantino, lui-même avec son tout premier film (RESERVOIR DOGS) ; en 2004 pour le 57ème festival, Quentin Tarantino était président du jury dont Benoît Poelvoorde était membre.)
Ainsi, de faux documentaires ont pu se jouer de la crédulité de spectateurs avides de sensations fortes. Désormais, les faux documents-témoignages ne trompent personne (encore qu'on ne soit jamais à l'abri d'un effet de surprise), mais ils ont le mérite de faire preuve d'un réalisme confondant.
Alors, genre nouveau ?
Hormis CLOVERFIELD qui fait l'objet d'une suite, si d'autres créateurs reprennent le principe avec autant d'originalité que ces trois novateurs, et que de nouveaux films s'annoncent, espérons... La palette est suffisamment large pour l'aborder dans d'autres genres, et sous différents angles.


Rappelons tout de même qu'à ce petit jeu de dupe, avant que "l'image" ne se décline sous diverses formes (cinématographique ; télévisuelle ; informatique) et devienne maîtresse des médias au XXIème siècle, c'est par radiodiffusion et via les transistors, qu'Orson Welles terrorisa en direct une partie des Etats-Unis en 1938, en annonçant de façon si réaliste l'arrivée de Martiens hostiles sur Terre, que cela provoqua jusqu'à cohue et hystérie dans les rues de New York !
Bien souvent, n'est effrayé que celui qui se laisse effrayer : comme avant chacune de ses prestations radiophoniques, il avait annoncé au préalable de quelle oeuvre littéraire était adapté son récit... en l'occurence La Guerre des Mondes, d'Herbert George Wells.





