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Samedi, 05 Décembre 2009 11:13

De Lost in La Mancha à This is it

Écrit par  Frédéric Espi
25 Juin 2009. Minuit. La terre s’est subitement arrêtée de tourner : oubliés les conflits irakiens, les frasques d’un certain président. Tous les médias n’avaient qu’un nom à la bouche: Michael Jackson. Le roi de la pop est mort, et son producteur se retrouve pris de frayeurs nocturnes. Comment rentabiliser tout ce bazar ? Coup de fil à Kenny Ortega, metteur en scène de comédies musicales lycéennes (qui visiblement n’a jamais mis les pieds dans un vrai lycée mais c’est un autre débat). Et si on prenait le « making of » pour le sortir en salle ? Bingo !

Quand un événement raté devient un succès au box-office...

C’est ainsi que le 28 Octobre 2009 restera gravé dans le cœur de nombreux fans, jour de la sortie mondiale de This is it, plus de deux heures du Roi de la Pop. Résultat : plus de 240 Millions de dollars de recettes dans le monde entier (source : boxofficemojo.com) et une exploitation prolongée au 1er Décembre.

Mais bizarrement, j’ai comme une impression de déjà-vu. Pas vous ?

2001. Huit ans en arrière. Après diverses difficultés techniques et artistiques, c’est la mort dans l’âme que Terry Gilliam met fin au tournage de ce qui aurait probablement été le plus épique des Don Quichotte jamais réalisé à ce jour. Mais ne voulant pas perdre une trace du travail effectué jusque-là, le « making of » ou dans ce cas précis le « messing of » réalisé par Keith Fulton et Louis Pepe retient l’attention de Mister Gilliam qui décide de le sortir sous le titre de Lost in La Mancha en 2003. L’exploitation fut, on peut le dire, un succès : 732 393 dollars de recettes (source : boxofficemojo.com) pour un film tourné en DV n’est pas négligeable bien que modeste. La production réussit à sauver les meubles.

Cela dit, quel est l’intérêt d’exploiter un « making of » en salle ?

Une telle exploitation, hormis obtenir une rentabilité du produit avorté, a surtout un intérêt documentaire, voire pédagogique. Documentaire pour le public, cinéphiles avertis ou néophytes qui, assoiffés de connaître les moindres secrets et « trucs et astuces » du septième art, peuvent venir satisfaire une certaine curiosité, légitime bien que parfois malsaine, arriver à capter ce qui peut traverser la tête de leurs réalisateurs et artistes fétiches pour les rendre si extraordinaires. Et enfin, ces films présentent un intérêt pédagogique car certains enseignants d’écoles de cinéma n’hésitent pas à montrer Lost in La Mancha comme le parfait exemple de ce que devient un projet mal préparé au départ (le film montre clairement que l’échec d’un film est parfois dû à une équipe de production plus avide de profits et économies que dévouée à l’Art et non au réalisateur, parfois souffre-douleur favori des critiques).

En conclusion, serait-ce un phénomène naissant ?

Absolument pas. Ce phénomène est même assez récurrent. Nous avons tous en mémoire le film Elvis : That’s the Way it is réalisé par Denis Sanders (1970) qui relate les coulisses d’un concert du King, In bed With Madonna de Alek Keshishian (1991) suivant la chanteuse dans une de ses tournées, et je suis sur que l’on pourrait faire une liste de plusieurs pages. Cela dit, à signaler, que AEG Live, qui a co-produit This is it avec Sony Pictures a également produit la dernière tournée de Céline Dion et que courant 2010, les fans de la chanteuse québécoise auront l’occasion de voir leur Idole sous toutes les coutures à travers le film Celine : Through the eyes of the world.

Pour finir, je conseillerais donc aux réalisateurs et producteurs de ne jamais négliger un «making of», car, qui sait, il vous sauvera peut-être…

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