Le statut
Qualification professionnelle et compétences légales
Un maquilleur n’est ni un coiffeur ni une esthéticienne, comme nous l’avons déjà dit dans une précédente chronique. Cela vaut non seulement pour le travail à fournir proprement dit, mais aussi pour la formation et le statut.
La formation en esthétique et en coiffure est commune à toutes les écoles de chacun de ces deux métiers et débouche sur deux diplômes d’état, le Certificat d'Aptitude Professionnelle (CAP) et le Brevet Professionnel (BP). De même qu’un coiffeur, une esthéticienne peut être engagée comme salariée dans un salon ou un institut de beauté ou travailler indépendamment comme artisan. Ces diplômes ouvrent une reconnaissance légale des compétences minimum et donne le droit juridique d’exercer les métiers considérés. Cette reconnaissance protège leur responsabilité civile et les autorise à prendre une assurance professionnelle s’ils créent un problème dermatologique à leur client. Sans ces diplômes, un maquilleur exerçant la coiffure court de graves dangers pour lui même et en fait courir à ses clients ou modèles, car il n’est tout simplement pas assurable.
Dans le cadre réglementairement légal d’une activité salariée sur une production de spectacle, si le contrat liant l'employeur au maquilleur le couvre normalement en cas de problème de maquillage, il ne l'autorise pas juridiquement pour autant à exercer le métier de coiffeur qui nécessite un diplôme officiel reconnu par l'État. En conséquence, tout maquilleur qui exercerait la coiffure sans un de ces diplômes, donc illégalement, pourrait ne pas être couvert par les assurances en cas de problème, et l'employeur serait civilement responsable. En cas de non respect de la législation c'est l'employeur qui assume la responsabilité civile et pénale. Sans contrat d'embauche formel, c'est le maquilleur qui est responsable civilement et pénalement, et en cas d'accident grave cela peut coûter très cher. Sur le plan pénal, on ne doit pas porter atteinte à la santé de la personne sur qui on travaille. Il est aisé de vérifier cette information auprès d'un assureur ou de la Fédération Nationale de la Coiffure. En attendant un éventuel (quoique fort improbable) changement de la législation française actuelle, il va de soi qu'il vaut mieux ne pas accepter les propositions de certaines productions qui voudraient que l'on fasse les deux, s'inspirant de l'Allemagne ou de l'Europe de l'Est où les réglementations professionnelles à ce sujet sont différentes.
Définition du mode de rémunération
En France, le statut juridique professionnel détermine le mode de rémunération et le prix réel du travail. Salarié, pour un salaire brut de 100 € vous percevez environ 80€, mais vous coûterez en fait à l'employeur environ 150 € puisqu'il devra payer des charges sociales, plus le temps payé à son comptable. Artisan, commerçant, libéral, si cela était légal, vous lui feriez une facture ou une note d'honoraire et ça ne lui coûterait rien de plus que les 100€ en question. C'est pour cela qu'il y a de plus en plus de propositions cherchant à contourner la légalité pour abaisser le prix du travail et demandant une facture pour le prix du salaire. Précisons cela clairement.
La seule définition française officielle, actuellement et en attendant une prochaine évolution de cette aberrante situation, est fiscale : le maquilleur est un technicien du spectacle, salarié, à employeurs multiples, en clair: un intermittent du spectacle. Dans le cinéma-spectacle (vivant et audiovisuel), il n'est donc pas juridiquement un "travailleur indépendant" ou "auto-entrepreneur" (prétendu équivalent du free-lance anglo-américain) et il n’est donc pas autorisé à faire des factures (commerciales, artisan ou société), ni des notes d’honoraires (professions libérales). Ceux qui s’y risqueraient tomberaient sous le coup de la loi et devront tôt ou tard subir de lourds redressements d’URSSAF et fiscaux. Sachez qu’en cas de note d’honoraires, le fisc prend 50% du chiffre d’affaire, et c’est à vous de payer vos charges sociales (retraite, assurance maladie et accidents du travail, congés payés, etc… Et, en période d'inactivité professionnelle, chômage, cela ne vous donne aucun droit à percevoir une indemnisation Assedic qui est l'assurance chômage des seuls salariés), sans compter un lourd travail de comptabilité tatillonne, celui-là même que les employeurs voudraient s'éviter. Toutes ces charges déduites, combien vous restera t-il sur la somme modique qu’on vous proposerait dans de telles conditions ? entre 23 et 25% seulement. Vous voyez donc ce qu’il faut demander pour gagner les 100€ dont on voudrait récompenser votre prestation ? 4 fois plus. Jamais on ne vous accordera 400 quand on vous propose 100. Comment donc estimer et faire payer son travail ?
Bien que hors cinéma-spectacle (mais est-ce vraiment "hors spectacle" ?), on veuille que le maquilleur fasse des factures de "travailleur indépendant" (prétendu équivalent du Freelance anglo-américain), à l’évidence, vous avez tout intérêt à ne pas accepter de telles propositions, même si elles sont de plus en plus fréquentes, en photo et mode notamment, et à demander fermement à être payé en salaires, légalement. Pour vous donner davantage de précisions sur les avantages et inconvénients de ce statut, je vous propose ce lien, mais il y en a beaucoup d'autres sur Internet.
Il est donc grand temps qu'enfin un statut juridique national reconnaisse la profession de maquilleur et ses particularités dans ses divers secteurs d'activité, car aujourd'hui, la Loi ne reconnaît que le statut de salarié intermittent et il n'est pas permis d'alterner les statuts de salarié et d'indépendant sans perdre ses droits sociaux. Mais ce n'est pas ici la place de trop développer ce problème. Pour ceux que cela intéresse, je les invite à consulter des spécialistes du droit du travail.
J'ignore malheureusement la situation dans les autres pays francophones où il y a du cinéma. Aussi, si des collègues et amis maquilleurs du Canada, notamment au Québec, de Belgique, de Suisse ou des pays africains pouvaient m'envoyer un topo clair et précis de la situation dans leur pays à cet égard, je pourrais en faire des synthèses et les mettre en ligne ici. Naturellement, ils peuvent aussi la publier directement en commentaire en bas de cette page. Je crois que cela pourrait être intéressant et instructif pour tout le monde.
La Voie Royale et la carte professionnelle
Avant les années 60 et jusque dans les années 70-80, avant la création et l’essor des écoles de maquillage professionnel actuelles, l’accès au métier était réglementé par les textes du Centre National de la Cinématographie, toujours officiellement en vigueur aujourd’hui, et se faisait par ce que l’on appelait alors la Voie Royale : on devait être stagiaire (apprenti, selon les termes des anciennes corporations) sur trois films français de long métrage, puis assistant (compagnon) sur six films français (ou co-productions majoritairement françaises) de long métrage, et de préférence avec un maximum de chefs-maquilleurs différents (on en apprend ainsi davantage qu’avec un seul), avant de pouvoir déposer un dossier de demande de Carte d’Identité Professionnelle de Chef-Maquilleur (Maître) au CNC, vous autorisant légalement à exercer le métier de maquilleur de cinéma. Une dérogation était parfois accordée s’il manquait un assistanat et qu’une occasion sérieuse se présentait. Légalement, elle est toujours exigée dans les productions sérieuses avant de signer un contrat d'engagement comme chef maquilleur.
Ce système existe toujours, et il faut encore en 2009 remplir les mêmes critères pour demander cette fameuse carte professionnelle qui est donc actuellement la seule garantie pour une production d’un minimum de formation du maquilleur responsable – puisque, rappelons-le, les "diplômes" des écoles privées (juridiquement de simples "Certificats de Scolarité") ne garantissent pas un cursus national commun réglementé et ne sont donc pas reconnus par l'État. Elle est obligatoire pour faire un film comme seul maquilleur, mais pas pour être stagiaire ou assistant d’un chef présent sur le tournage.
De plus, puisque nationale, elle est valable dans tous les domaines (LM, CM, téléfilms et séries, théâtre, etc…), même si la loi ne l’exige pas dans tous. Il vaut donc mieux l’avoir. Il n’existe à ce jour pas de carte professionnelle d’assistant maquilleur ni de stagiaire. Elle n’est jamais requise en mode, événementiel ou artistique.
Certains souhaitent voir disparaître les cartes professionnelles, prétextant que cela empêche de travailler (?), mais il me semble que ce ne serait pas juste, ni opportun. Laisserait-on pratiquer un intervention chirurgicale à quelqu'un de non qualifié ou une réparation auto ? Non, certainement pas. Il faut évidemment un minimum de qualification garantie pour faire un film comme maquilleur, comme en cuisine au restaurant ou en comptabilité dans une banque. C'est une sécurité non seulement pour le producteur et le réalisateur, mais aussi pour les acteurs sur la peau desquels le maquilleur travaille, et pour le maquilleur lui-même. Si cette carte disparaissait, comment attester vis à vis des tiers, employeurs divers ou assurances sociales, de la qualification du professionnel ?
Comment faisait-on alors ces fameux 3 stages et 6 assistanats ? Il fallait contacter des chefs-maquilleurs jusqu’à en trouver un qui ait besoin de quelqu’un à ce moment là, et il vous faisait engager par la production. Comme il n’y a pas d’emploi régulier dans ce métier, patience et persévérance étaient indispensables, et le découragement à proscrire.
Malgré les écoles, c’est encore le cas aujourd’hui.
Les écoles
Comme nous l’avons vu, il n’existe pas encore de cursus national commun obligatoire pour toutes les écoles, elles sont donc libres d’enseigner ce qu’elles veulent, comme elles veulent et au prix qu’elles veulent. Néanmoins, vous pouvez vous faire une idée de ce que devrait être un tel cursus minimum (chacun gardant le droit d'enseigner plus en modules supplémentaires) en lisant la chronique précédente : Les différents types de maquillage au cinéma. Pour bien vous préparer au métier de maquilleur de cinéma, vous devriez apprendre à faire tous ces maquillages, à les faire durer toute la journée et donc à les entretenir. En sortant de l'école, naturellement, vous ne pourrez pas encore tout maîtriser car vous ignorerez encore les conditions de la vie de plateau, très différentes du calme douillet d'une salle de classe, mais au moins vous serez capable de suivre et d'aider utilement le chef maquilleur qui vous aura fait venir sur un tournage.
Le prix peut paraître cher, mais il ne l’est que si l’on n'accorde pas de valeur au maquillage - ni aux maquilleurs qui l’enseignent et qu’il faut bien payer - ou si le programme enseigné ne répond pas suffisamment sérieusement aux exigences professionnelles réelles. Il faut donc relativiser cette notion de cherté. De plus, de larges subventions sont accordées par les organismes de formation professionnelle.
Certains élèves se destineront au cinéma-spectacle, d’autres préféreront la mode, la photo ou l’événementiel, aussi les écoles enseignent-elles toutes les disciplines du maquillage, et c’est très bien ainsi car un maquilleur de cinéma doit pouvoir tout faire.
Mais ne rêvons pas : on n’apprend pas tout en trois mois, encore moins en deux semaines de cours du soir. S’il faut deux et trois ans aux coiffeurs et esthéticiennes pour obtenir un diplôme national en deux degrés, pourquoi les maquilleurs auraient-ils besoin de moins de temps pour un programme sérieux et vraiment complet ? Et croyez-moi, il y a beaucoup à apprendre et beaucoup à faire avant d’arriver à un niveau sérieux raisonnable. On ne devient pas maquilleur par caprice orgueilleux, mais par le travail et la patience.
Naturellement, les maquilleurs qui voudront se spécialiser en beauté, mode, mariage ou maquillage artistique, seront moins exposés à devoir faire des vieillissements, blessures ou postiches qu’un maquilleur de cinéma, et si cela leur arrive, ils n’auront pas la même exigence de résultat de qualité pour ce genre de choses que pour l’écran.
Comment choisir son école ?
Pour bien choisir votre école, vous devrez chercher les programmes des cours de plusieurs écoles, vérifier si leurs orientations conviennent à vos aspirations et si les cours sont donnés par des personnes qualifiées, capables de vous transmettre une réelle expérience acquise pendant des années sur le terrain, et non par des maquilleurs qui n’ont jamais fait un film sérieux ou les élèves de l’année précédente comme ça se voit (hélas !) parfois. Vous devrez y trouver des classes, donc des professeurs spécialisés, pour les trois classes principales : le cinéma-spectacle (classe complète, théâtre et TV en font partie, ainsi que les postiches et les prothèses), la mode et la photo, le maquillage artistique ou body-painting. Depuis quelques années, la technique de l’aérographe est employée dans divers domaines avec des produits de diverses natures, il sera donc bon de vous assurer que son enseignement vous sera également prodigué.
Naturellement, il est indispensable que vous soient enseignées des bases solides de cosmétologie, d’hygiène et sécurité pour l’usage des produits d’effets spéciaux, d’histoire du maquillage et des modes (coiffures et poil facial), d’histoire du Théâtre et du Cinéma. Il est souhaitable de savoir dessiner, au moins un peu, et indispensable d'apprendre à sculpter, modeler et mouler pour les prothèses. La connaissance de langues étrangères, notamment l'anglais, est un plus quasiment indispensable.
Si vous choisissez l'option cinéma, vérifiez qu'on ne gaspillera pas votre temps sur des matières peu utiles : passer du temps sur les postiches et les petites prothèses est plus utile que sur le body-painting, par exemple. Sinon, vous devrez faire des stages de formations complémentaires à vos frais.
Vérifiez aussi si le matériel est fourni ou à vos frais et la durée des cours.
Aucun maquilleur que j’ai rencontré dans ma longue carrière ne trouve tout ce dont il a besoin chez un seul fournisseur : vous devrez donc apprendre à connaître toutes les marques professionnelles, toutes les textures, tous les produits afin de pouvoir déterminer le plus approprié à un projet futur qui vous sera présenté. Si l’école ne vous enseigne que les produits de sa marque, cherchez dans les magasins spécialisés ou sur Internet des renseignements sur les autres marques et produits. Mais, bien entendu, vous n’utiliserez pas tout et ferez vite votre choix judicieux de matériel au fur et à mesure de votre expérience.
Une démonstration d'une journée ou un simple survol sans la pratique ne suffiront JAMAIS à faire de vous un maquilleur compétent. Pour ceux qui voudraient devenir maquilleur de cinéma, puisque c’est le thème de ce site et ma spécialité principale, je recommande un enseignement long, un an très concentré au moins, de préférence deux, afin d’avoir le temps de bien pratiquer et maîtriser toutes les techniques, y compris celles des autres disciplines, car personne ne réussit de chef-d’oeuvre du premier coup. De plus, cela vous permettra de passer plus de temps en documentation.
En tout état de cause, vérifiez si les maquillages enseignés dans l’école sont de la qualité de ceux que vous voyez sur les écrans de cinéma, et le cas échéant, estimez en quoi ils sont différents.
Les bases minimum à apprendre obligatoirement
Les maquilleurs américains étaient autrefois formés dans les studios des majors pendant 50 semaines de 5 jours de 10h (2500 heures !…) par an pendant deux ou trois ans, puis ils devaient passer un concours devant les représentants des autres studios et des syndicats de maquilleurs. Après quoi, s’ils avaient réussi leur test, ils étaient autorisés à prendre un film en charge. Bien entendu, ils avaient alors effectués largement l’équivalent de nos 3 stages et six assistanats, et connaissaient non seulement les techniques, mais la vie de plateau (qui ne s’apprend évidemment pas à l’école) et l’éthique du métier, ce dont on ne parle que peu ou pas du tout dans les écoles.
Le programme du concours était le même pour tous, et comportait les épreuves suivantes, chacune avec une durée limitée correspondante : naturel, beauté, pose et maquillage d’un faux crâne, une barbe au poil à poil, une blessure, un vieillissement avec les moyens du bord (sa boîte), un autre avec des prothèses (éventuellement perruques). Au jury, un représentant de l'Academy of Motion Pictures (celle des Oscars), du syndicat des maquilleurs, et des autres Majors, mais pas de l'école qui avait enseigné, pour garantir la réelle compétence technique professionnelle des candidats sans aucun favoritisme.
Il est souhaitable que tout candidat à devenir maquilleur de cinéma sache au moins faire cela. Il est aussi souhaitable aujourd’hui qu’il sache faire du body-painting et manipuler un aérographe. Vous devrez donc vous assurer que ces disciplines figurent au cursus standard de l’école de votre choix.
De plus, un certain nombre d’effets simples à réaliser à partir de sa boîte, sont indispensables à apprendre.
La fabrication des prothèses simples fera partie intégrante de ce cursus standard. La fabrication de prothèses plus élaborées, ou d’effets spéciaux, pourra faire l’objet d’un module complémentaire, indispensable pour ceux qui voudront acquérir un haut niveau dans le cinéma-spectacle.
Aux Etats-Unis, le concours test existe toujours aujourd'hui en 2009 pour les maquilleurs de cinéma et les syndicats américains y veillent très attentivement, ainsi que la très sérieuse Academy des Oscars. Il n'est pas exigé pour les futurs maquilleurs de mode ou de photos de beauté et de nombreux maquilleurs de body-painting exercent leur talent sans avoir toutes les qualifications requises pour faire du cinéma.
A propos des bases minimum, je vous recommande la lecture de ma chronique sur les différents maquillages au cinéma. Si vous ne maîtrisez pas correctement ces bases, il faut vous rapprocher d’une école qui les enseigne en module spécifique.
En outre, vous devrez commencer à apprendre le pourquoi du maquillage avant de penser au comment. Ceci fera l’objet d’une autre chronique : La préparation avant tournage.
Et aussi : après l'école, tout au long de votre carrière, vous devrez continuer à apprendre les nouvelles techniques et les nouvelles matières, et continuer à vous entraîner, même à vos frais (mais vous le ferez avec plaisir) pour ne pas rester figé et évoluer.
Ne manquez pas la suite de cette chronique : elle vaut le coup pour vous, surtout si vous êtes (ou voulez devenir) maquilleur, ici…
Pour des raisons de mise en page, je suis obligé de couper cette chronique en deux, et vous renvoie sur la 2ème partie où je vous parlerai du bon usage d'un book utile, d'un site web, à qui s'adresser et qui contacter pour débuter, quelles démarches à faire après l'école, et enfin quelques conseils à garder tout au long de votre carrière…
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