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Mardi, 06 Octobre 2009 06:30

Mères et filles

Écrit par Xavier Bonastre
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Marina Hands, as Audrey Marina Hands, as Audrey production

Trois femmes, trois générations :

- La grand-mère, Louise, a vécu toute sa vie recluse, interdite de travailler et d’avoir des loisirs, et aurait un beau jour décidé d’abandonner son mari et ses enfants.

- La mère, Martine, exerce aujourd’hui un métier gratifiant (médecin généraliste), mais loin d’en être reconnaissante à Louise, qui a tout fait pour qu’elle poursuive des études, elle conserve une haine farouche pour cette femme qui a préféré sa liberté à sa famille.

- La fille, Audrey, a depuis longtemps choisi la liberté. Elle revient dans la maison familiale à l’occasion d’une péripétie de la vie (une grossesse non-désirée) et découvre le journal intime de sa grand-mère et, avec lui, de lourds secrets…

C’est cette découverte et la confrontation de ces trois femmes (par le biais de multiples flashbacks) qui fournit sa trame à ce film tout en demi-teintes.

Pourquoi, tout d’abord, Martine semble-t-elle si attachée à son père, au point de paraître contrariée dès qu’on évoque leurs nombreux tête à tête après le départ de Louise. Le film ne nous apportera aucune réponse : Fausse piste et premier accroc à la lisibilité du propos.

Louise, dans son journal, accuse sa fille de conformisme, ce qui saute aux yeux quand on voit ce qu’est devenue Martine, à qui Catherine Deneuve prête sa suffisance naturelle. Il lui suffit d’apparaître à l’image avec son air froid et distancié pour que l’on sache à quel point cette femme pouvait détester sa mère et ses velléités d’indépendance. Aujourd’hui, elle poursuit son travail de sape sur sa fille à qui elle ne renvoie qu’indifférence et dédain.

Leurs premières entrevues sont particulièrement pénibles, car caricaturales. Deneuve en fait des tonnes dans le registre du mépris glacé. Le problème avec cette actrice c’est qu’elle n’est vraiment bonne que là-dedans ! Elle est nettement moins convaincante quand il s’agit d’exprimer un peu de chaleur et d’enthousiasme.

Audrey, interprétée par Marina Hands, est le personnage principal du film, puisqu’elle fait le lien entre tous les autres personnages - hommes y-compris - et dénoue l’écheveau de cette intrigue plutôt tirée par les cheveux.

Son problème personnel (l’attente d’un enfant conçu avec un homme qu’elle n’aime pas) intervient dans l’intrigue comme élément parasitaire et présente le seul intérêt de justifier l’arrivée précipitée d’Audrey chez ses parents, qu’elle n’avait pas vus depuis dix ans.

Néanmoins, le moment où elle est victime de saignements et que Martine, prise de compassion du fait de son rôle de médecin, en vient à afficher une véritable empathie pour sa fille, est un des rares moments vrais du film.

Le scénario est faible et totalement prévisible : On comprend, dès le départ, qu’Audrey va se reconnaître dans cette grand-mère qu’elle n’a pourtant pas connue.

Ne l’ayant vue qu’en photo, elle ne peut l’imaginer qu’habillée et coiffée d’une seule manière. C’est pourquoi Louise (incarnée par la sublimissime Marie-Josée Croze, qui n’a hélas ici pas grand chose à jouer) est-elle toujours identique dans ses apparitions, immanquablement vêtue d’une jolie robe claire, extraite d’un catalogue de vêtements élégants.

L’idée est intéressante et nous rappelle PLEASANTVILLE et son énorme travail sur le décor et les costumes, afin d’évoquer la famille américaine idéale des années 50-60.

Ici aussi, la déco a fait des prouesses, mais un peu en dépit du bon sens, car jamais dans une ville de province des années 60, on irait trouver des couleurs aussi franches et vives (rappelez-vous les papiers peints horribles de votre enfance) et des murs aussi dépourvus de bibelots. De plus, les dialogues qui sont mis dans la bouche du mari, Gérard (Jean-Philippe Ecoffey), sont pour le moins ridicules.

A un certain moment, il se tourne vers Louise et lui dit quelque chose comme : « Tu devrais être pourtant heureuse avec une aussi jolie cuisine ! ». D’accord ! Je sais que Boris Vian avait chanté en son temps les vertus des arts ménagers dans sa « Complainte du progrès », mais il s’agissait là d’une chanson comique…

De même, j’ai été sidéré par cette scène de plage où Martine, enfant, reproche à sa mère d’être trop bien habillée pour la circonstance. Pourquoi donc une petite fille, même un tantinet conformiste, irait accuser sa maman de paraître trop jolie. C’est en général le contraire qui se passe… Et la réaction de la mère est encore plus bête : Alors qu’elle est supposée être une femme romanesque et rêveuse, moins concernée que son mari par les problèmes d’éducation, elle retourne une violente gifle à sa fille ! Absurde !

En fait, rien dans ce film n’est pensé. Tout est jeté là, en vrac, pour l’esbroufe, mais la mayonnaise ne prend pas. Le comble du ridicule est atteint par ce dénouement à deux balles, où Gérard aurait tué sa femme et serait parti l’enterrer le soir de son prétendu départ.

Mais ceci n'a pas une once de crédibilité, car Gérard est sincèrement épris de sa femme. Certes, il l’empêche d’avoir un métier et de s’épanouir, mais pour lui c’est une preuve d’amour. Il est l’homme et il a les moyens de l’entretenir. Nous avons tous connu ce type d’individus machistes et pourtant amoureux. Déjà le fait de la chasser de la maison, sous prétexte qu’elle a prélevé de l’argent sur son compte, est en totale contradiction avec son désir de la garder recluse.

Non, décidément, Julie Lopes-Curval (qui a réalisé ce film) et sa coscénariste, Sophie Hiet, auraient besoin d’apprendre un peu plus de la vie pour aborder une époque qu’elles sont trop jeunes pour avoir connue et des personnages qui, tous, paraissent leur échapper.

Le film MÈRES ET FILLES ne repose en définitive sur rien. Sa photo est moche, le montage approximatif, l’accompagnement au piano plagie vaguement les Gymnopédies. Seuls l’incontestable talent de Marina Hands et la beauté de Marie-Josée Croze apportent un peu de lumière à ce film sombre et creux.


Acteurs : 6
Mise en Scène : 5
Montage / Effets Spéciaux : 4
Musique : 5
Photographie : 4
Scénario : 3
Note : 4,5

Note des internautes :

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