Prenons d’abord « Émile », le héros : Ce personnage de sexagénaire discret voire effacé, demeuré fidèle après des années au souvenir de sa défunte épouse, est excellemment interprété par Daniel Prévost, qui oublie totalement ici de surjouer pour se fondre dans la peau de cet être raffiné et, pour tout dire, délicieux.
Son ami « Edmond » (Philippe Nahon) allie, lui, une truculence teintée de gauloiserie à un fort penchant pour la bouteille, ce second trait de caractère venant expliquer le premier.
Le jeu de Nahon n’est pas sans rappeler par moments celui de Gabin dans ses derniers films, ce qui n’est pas un mince compliment !
Du côté féminin, la part du roi – ou plutôt de la reine – échoit à la subtile Hélène Vincent (contrairement à l’ordre du générique qui la place après Bulle Ogier), dans un rôle à la fois tendre et fantasque, celui de « Lyse », une ex-institutrice débordante de malice et de douceur, comme nous aimerions tous en rencontrer, si la vie nous plaçait un jour dans la situation d’« Émile ».
« Lucie », elle, parait aussi sophistiquée que « Lyse » est naturelle. Son attitude un peu guindée est accentuée par le fait que la comédienne qui l’incarne, Bulle Ogier, a subi de petites retouches chirurgicales qui ont nécessairement une incidence sur la mobilité de son visage.
Le film compte aussi une galerie de seconds rôles absolument irrésistibles : D’abord, la bande des copains du bistrot, dignes des meilleurs classiques de Pagnol. Et puis, la communauté des jeunes « babas », adeptes de l’amour libre et des substances illicites. A la manière des hippies de QUELQUES MESSIEURS TROP TRANQUILLES de Georges Lautner, ou des BABAS COOL de François Leterrier, ils constituent un amusant contrepied à l’ignorance de tous ces paysans en matière de sexualité.
En définitive, ce film est une bouffée d’air frais dans le paysage cinématographique actuel, où le rêve ne semble plus pouvoir s’incarner qu’à travers les images pénibles et la violence... et toujours à grand renfort d’effets spéciaux !
Ici, tout n’est qu’harmonie et joie de vivre.
L’existence de ces séniors, rythmée par les saisons (les périodes de pêche) s’agrémente de violons d’Ingres délicieux.
L’âge n’est en aucun cas un frein à leur soif de bonheur. Et, que ce soit dans les volutes des joints que les jeunes offrent à « Émile » ou dans les gestes de l’amour physique qu’il réapprend à leur contact, puis dans les bras de « Lyse », rien ne semble interdit désormais à ces hommes et femmes de 60 ans et plus, issus de la génération soixante-huitarde et qui s’avèrent, au fond, bien moins conservateurs que leurs enfants.
Acteurs : 8
Mise en Scène : 6
Montage / Effets Spéciaux : 5
Musique : 6
Photographie : 7
Scénario : 7
Note : 6,5
Note des internautes :
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