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Jeudi, 24 Septembre 2009 16:12

Humpday

Écrit par Xavier Bonastre
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Voici deux vieux potes : Ben, citoyen américain lambda, marié et en passe de devenir père de famille et Andrew, routard barbu, plutôt sympa et très séduisant.

Le second débarque à une heure du mate chez le premier avec pour tous bagages ses fringues et une envie folle de jouir de la vie, mais sans la moindre intention de bousculer l’existence un tantinet routinière et étriquée de ses hôtes. Et pourtant, malgré lui, c’est bien ce qui va se produire…

L’histoire est avant tout celle d’une amitié, celle de ces deux copains d’enfance qui ont vraisemblablement connu la même adolescence, mais ont suivi depuis des routes bien différentes.

Forcément, la vie aventureuse d’Andrew exerce une fascination sur Ben, qui se demande s’il n’a pas trahi ses convictions profondes en rentrant dans le rang, au point de ressembler à Monsieur-tout-le-monde… Et Andrew lui-même n’est pas loin d’envier la vie confortable de Ben, auprès d’une femme aimante et mignonne (Anna), beaucoup moins obtuse qu’il aurait pu d’abord l’imaginer.

D’ailleurs, l’engagement des deux amis dans le HUMPDAY, un festival très controversé qui fournit son titre au film, achèvera de réduire la distance que les années s’étaient chargées d’accumuler entre eux…

Qu’est-ce d’abord que le « Hump » ?

Comme son nom – qui signifie plus ou moins bosse ou renflement – ne l’indique pas clairement, il s’agit d’un festival de cinéma porno indépendant, organisé chaque année à Seattle, durant une journée, par un journal local.

Au cours d’une nuit passablement arrosée, en compagnie d’une kyrielle de filles et de garçons très libérés, Andrew évoque ce festival et son intention d’y participer en tournant son propre film X, ce afin de se dépasser et de tester ses limites. Ben, dans un état plus que second, le prend au mot et lui propose de prendre lui aussi une part active dans ce tournage.

Stimulés par une assistance étonnamment survoltée (eu égard à son degré d’ébriété), les deux garçons s’accordent à dire que tout a été déjà fait en matière de sexe à l’écran et que seule la transgression véritable d’un tabou pourrait conférer une originalité à leur projet. De fil en aiguille, ils en viennent à parler de sexe entre hommes. Chacun donne son avis, l’idée d’un porno homosexuel est envisagée puis vite mise au rebut, car plus du tout novatrice.

La conclusion qui s’impose à tout le monde est qu’une relation sexuelle entre individus hétéros du même sexe constituerait une vraie nouveauté et confèrerait au film présenté la dimension d’une démarche artistique.

Bien entendu, une fois dessaoulé, Andrew fait marche arrière et s’en veut d’avoir entrainé Ben – le garçon rangé – dans son délire.

Cependant, trop heureux de saborder son existence trop morne, Ben persiste et signe. Il ne sera pas dit que, cette fois, il n’aura pas choisi la voie de l’aventure au détriment de son confort !

« Entendu, fait Andrew, mais dans ce cas, j’exige que tu en parles à ta femme et qu’elle te donne son accord »

Ben est lâche. Il sous-estime la compréhension d’Anna (interprétée par la délicieuse Alycia Delmore) et croit s’en sortir par une pirouette.

Mais une scène remarquable – sans doute la meilleure du film – au cours de laquelle Anna et Andrew passent la nuit dans la cuisine, à vider une bouteille de scotch en évoquant la vie, le sexe et bien d’autres choses intimes traitées avec lucidité et humour, révélera brusquement à la jeune épouse le projet insensé formé par son mari : coucher avec son copain d’enfance et lui faire l’amour sous l’œil d’une caméra, bien que se sachant un pur hétéro !

Anna est atterrée, mais résiste à l’envie d’étriper son mari, dont elle déplore avant tout le manque de franchise…

L’ultime séquence montre Ben et Andrew au cœur de leur tournage.

Le décor, minimaliste, est celui d’une chambre d’hôtel banale. L’action est pratiquement dépeinte en temps réel et explore les gênes successives éprouvées par ces deux amants improvisés pour se dévêtir, s’embrasser, mettre leur épidermes en contact.

Ben parle beaucoup. Il révèle par exemple que, quelques années auparavant, il avait connu une véritable attirance pour un loueur de vidéo, mais n’avait jamais osé sauter le pas. Cette expérience, s’il parvient à la mener à bien, sera la première.

Va-t-il y parvenir ?

Je ne trahirai pas l’intrigue en vous livrant la réponse. Sachez seulement que la scène est doublement intéressante, car elle libère Ben du fardeau de cette pseudo homosexualité refoulée, tout en rapprochant ces deux garçons sur un plan physique, ce qu’ils n’avaient jamais envisagé jusqu’ici.

L’interprétation est parfaite. Joshua Leonard, qui est Andrew, et surtout Mark Duplass, qui incarne le complexe Ben, déchiré entre sa vie sociale et ses aspirations profondes, sont tous deux excellents.

Les dialogues sont d’une véracité documentaire. Il faut néanmoins, pour apprécier pleinement ce film, aimer les films très bavards et les huis-clos.

La réalisation signée Lynn Shelton (qui vient d’être récompensée cette année aux Independant Spirit Awards pour MY EFFORTLESS BRILLIANCE, sorti l’an passé), est efficace, en cohérence avec le propos léger du film.

En définitive, HUMPDAY est une réussite inattendue : un film indépendant sans vedettes, sans gros budget, une comédie originale résolument moderne.

Acteurs : 8
Mise en Scène : 7
Montage / Effets Spéciaux : 6
Musique : 6
Photographie : 7
Scénario : 8
Note :
7

Note des internautes :

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