Rie Rasmussen, qui signe le scénario et la réalisation du film, a conféré au personnage qu’elle interprète une puissance fascinante. Lorsqu’elle rase les murs pour échapper aux barrages de police, on pourrait la croire fragile et désemparée, mais c’est avec infiniment d’astuce qu’elle réagit aux situations imprévues. On comprend par les flash-backs – toujours intelligemment choisis – qu’elle a appris à se sortir de tous ces mauvais pas au contact d’un déserteur serbe, Srdjan (magistralement interprété par Nikola Djuricko), à qui elle dut jadis son salut après que sa mère se soit faite violer et tuer.
Srdjan n’est pas exactement n’importe qui. Avant que la guerre ne fasse de lui un tortionnaire à la solde de Milosevic (sa tête sera d’ailleurs mise à prix par des instances internationales), ce sympathique lascar gagnait malhonnêtement sa vie en braquant des banques et en se livrant aux trafics les plus divers.
Une fois enfui du Kosovo et revenu à Belgrade avec Adria, il va l’initier au maniement des armes et l’intégrer à ses futurs méfaits. Cette partie du film évoque un peu NIKITA de Luc Besson (dont l’influence occulte pèse d’ailleurs sur tout le film).
La relation qui unit Adria et Srdjan est tout sauf habituelle. Visiblement, ces deux là s’aiment, mais ils ne se le disent pas (Adria n'ouvre jamais la bouche en sa présence) et, plus encore, il n’y a pas de sexe entre eux.
Peut-être parce que la première confrontation établie entre les deux héros – qui s’identifient désormais à Bonnie & Clyde – s’était faite à l’occasion du viol (heureusement non perpétré) d’Adria, Srdjan se refuse à envisager des relations sexuelles avec elle et lui préfère la compagnie de prostituées, qu’il méprise et maltraite au vu et au su de celle qu’il aime.
On comprend dès lors l’appétit sexuel dévorant qui pousse Adria, de nos jours à Marseille, dans les bras du beau touriste yankee. Les scènes de sexe entre eux ne sont rien moins que torrides et l’image signée Thierry Arbogast (un autre fidèle de Besson) y est particulièrement léchée.
Quand une bande de proxénètes se mêle de kidnapper la fille adoptive de ses logeurs libanais, la réaction d’Adria, pour démesurée qu’elle puisse paraître, trouve toute sa justification dans les violences auxquelles elle s’était déjà livrée ou auxquelles elle avait dû assister, dans son passé récent de braqueuse.
Elle s’arme telle une « Lara Croft » et part massacrer les méchants, comme dans toute bonne production EuropaCorp, dont HUMAN ZOO porte la marque indéniable.
Le long travelling, filmé depuis le plafond, qui détaille l’étendue des dégâts occasionnés par Adria au salon de massage des kidnappeurs est, à lui seul, une scène d’anthologie.
Donc la jeune femme discrète n’est pas l’oie blanche qu’elle paraissait et son passé de pétroleuse transparaît de plus en plus dans ses attitudes.
Un autre flash-back, particulièrement insoutenable, nous fait assister au massacre de la famille tout entière d’un caïd de la mafia serbe. Sans aucun état d’âme, Srdjan se débarrasse du type, de son épouse et de leur fille de 7 ans. Et quand Adria fait mine d’être choquée, il fait remarquer qu’une enfant de cet âge allait moins manquer à son entourage que la plupart des adultes, puisqu’elle avait tout au plus un ami par année de vie. "After all, what do they have?: at most, maybe 5, 6, 7 friends!"
Désormais, présent et passé sont pratiquement confondus et le séduisant américain est instamment convié par Adria à l’emmener en vacances à Belgrade… pour y récupérer le magot jadis extorqué au caïd.
Et là, surprise ! Srdjan, que chacun croyait mort, surgit d’on ne sait où.
Il reste toujours attaché à son ex-partenaire et un de ses doigts coupés nous explique le sang sur la bouche d’Adria lors de la scène d’ouverture du film : En fait, un ultime flash-back nous permet de comprendre comment, agacée par ses relations avec des prostituées, Adria s’était jetée sur une d’elles, qui n’avait dû son salut qu’à l’intervention de Srdjan. Là, Adria l’avait mordu au point de lui sectionner un doigt.
Grand seigneur, il épargne l’Américain et laisse son argent à la fille.
Ce film, qui porte l’empreinte du grand Luc Besson (celui qui réalisa NIKITA, LEON et produisit des merveilles comme KISS OF THE DRAGON) serait théoriquement le premier long métrage de Rie Rasmussen.
On est tout de même en droit de se demander comment un mannequin danois qui n’avait jusque ici à son actif qu’un second rôle dans FEMME FATALE et le rôle titre du film ANGEL-A (signé Besson) aurait subitement appris l’écriture de scénarios, la mise en scène et la direction d’acteurs !
Certes, elle avait signé (ou co-signé) deux courts métrages : THINNING THE HERD et IL VESTITO, ainsi qu'un des sketches d’une production EuropaCorp : ZERO DEUX. Mais ceci n’explique pas la révélation que constitue un film comme HUMAN ZOO, à la réalisation parfaitement maîtrisée.
Une anecdote, rapportée par un ami allemand, assistant à la projection du film au dernier festival de Berlin est, à ce propos, éloquente :
« I saw Human Zoo during its second Berlinale screening, and the post-film environment smacked of conspiracy, into which the audience sank with palpable satisfaction. Prior to the screening, Berlinale staff indicated it wouldn't be followed by a Q&A as they didn't believe the director was present. Afterward, however, the supporting male actor, Nick Corey, jumped on stage and angrily denounced Luc Besson, much of the time without a microphone, until one belatedly surfaced, the Berlinale crew all the while indicating that scheduling didn't allow for a Q&A. He talked about obstacles to the film's financing and production, then Rasmussen showed up very briefly on stage, after which they both took it outside the theater. »
Donc le mystère reste entier. Qu’il s’agisse d’une réalisation de la délicieuse Rie Rasmussen (qui a notamment des fesses sublimes) ou de son mentor, le génial Besson, le film HUMAN ZOO est une œuvre remarquable de sensibilité et d’efficacité, qui donne de la guerre, de la violence et des relations amoureuses homme-femme une vision particulièrement originale.
La musique en est excellente, l’image exceptionnelle. Tout dans ce film concourt à en faire une authentique réussite et nous inciter à attendre de pied ferme le prochain film signé Rie Rasmussen.
Acteurs : 7
Mise en Scène : 8
Montage / Effets Spéciaux : 8
Musique : 7
Photographie : 10
Scénario : 9
Note : 8,1
Note des internautes :
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