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Mardi, 08 Décembre 2009 20:24

Paranormal Activity : Décryptage d’une œuvre aux astuces normales

Écrit par  Frédéric Espi
Le réalisateur Oren Peli (à droite) avec son couple vedette Le réalisateur Oren Peli (à droite) avec son couple vedette Getty Images

Dix ans après le Projet Blair Witch, qui a lancé un nouveau style de film qu’on pourrait appeler le «journal d’horreur» ou «le film de bord», l’essai a été retenté et été mis dans le mille. Paranormal Activity, que le public français peut admirer depuis la semaine dernière, œuvre sortie de l’esprit de Oren Peli, s’avère être un des jackpots les plus inattendus de 2009 : presque 110M$ de recettes aux U.S. pour un film qui a coûté 11000$ en production permettra au réalisateur de plancher sur son prochain film Area 51 (source : allocine.com). Comme de nombreux spectateurs, je suis sorti quelque peu dubitatif, de ce fait, j’ai décidé de m’atteler à un décryptage synthétique de ce film à travers certains points de l’écriture, la réalisation et la production.

Ecrire sur un thème vieux comme le monde…

Oren Peli a choisi d’aborder, à travers le scénario de Paranormal Activity, le thème des contacts entre « l’au-delà » et le « monde des vivants » et l’influence du premier sur le dernier. Il est en effet aisément constatable que ce thème est très présent dans la culture anglo-saxone, d’une part par croyance religieuse, et la fête d’Halloween en est l’exemple parfait. Les américains (pour ne pas les citer) ont toujours eu un certain intérêt pour les histoires de revenants et poltergeists, à en juger d’une part par les succès des émissions télévisées comme T.A.P.S. ou Gosth Hunt Investigation (diffusées en France par la chaîne Planète No Limit) sans oublier le cinéma hollywoodien qui en a largement fait son beurre entre les Frankenstein, L’Exorciste, et plus récemment Sixième Sens. En conclusion, avec une formule scénaristique des plus classique : le gentil couple d’amoureux (ou famille) attaqué par le méchant esprit ; Oren Peli n’a fait qu’utiliser une vieille recette qui a toujours rempli les salles et fait grimper les audimats des télévisions.

Une réalisation en apparence minimaliste…

Le minimalisme au cinéma, attribué à Lars Von Trier et le mouvement Dogma, trouve une place totalement omniprésente dans le cas de Paranormal Activity : tourné en format DV-CAM (on imagine mal des images supposées dater de 2006 tournées en technologie HDV–CAM, car pas encore couramment utilisée à l’époque, cela aurait été un splendide anachronisme), dans des conditions restreintes : peu voire aucun éclairage, énormément de plans fixes, aucun des travellings ou panoramas qui font la renommée du cinéma hollywoodien ; l’esthétique « broadcast » du film offre au spectateur l’impression d’être encré dans du réel, à mi-chemin entre le documentaire et la télé-réalité. Une seule caméra utilisée pourrait faire passer la production pour radine, mais il n’en est rien : cela s’avère être au contraire une malice de réalisation. En effet : dans ce film nous avons deux personnages, une seule caméra, donc une alternance de points de vue qui place le spectateur dans un certain inconfort, voire dans la peur à certains points de « climax » du film : en effet, les spectateurs du 21ème siècle, aiment tout avoir sous les yeux, se laisser guider sans le moindre effort, dans le cas de Paranormal…, le spectateur se retrouve non plus dans sa position fétiche de spectateur « passif », mais au contraire devient complètement « actif », cherchant les moindres détails de l’image qui pourraient lui donner le frisson de la soirée. Cette position se retrouve également accentuée par l’absence de musique additionnelle, le spectateur se retrouve donc ainsi à la merci de l’interprétation des comédiens qui m’a semblé assez convaincante sur l’ensemble (avec un bémol pour le personnage du docteur qui passe plus pour un pique assiette en manque d’apéro qu’un vrai médecin).

Une communication qui fait buzz…

Absence de générique de début dans le film, donc un film non signé que l’on fait passer pour une pièce à conviction d’une affaire criminelle datant de 2005, il est évident que la production et l’équipe artistique du film ont tenté d’effectuer un plan-média semblable à celui du Projet Blair Witch : en dire le moins possible pour remplir le plus de salles. Et ça paye : Paranormal Activity restera un des succès les plus remarquables de l’histoire de la Paramount. Et à signaler pour le 29 décembre prochain aux Etats-Unis et pour la mi-2010 en France la sortie d’un DVD version longue avec fin alternative qui n’aura pas fini de nous faire frissonner.

En conclusion…

Oren Peli réussit un tour de maître au box-office en signant un petit film qui exploite tous les mécanismes des films cultes pour les amateurs du genre, et dont on attend de voir son prochain film Area 51 et qui dès à présent n’a rien à envier au Carpenter et autres Friedkin. Mais également, Oren Peli aura réussi à me faire passer une nuit blanche : il est trois heures du matin, toutes les lumières sont éclairées et je regarde un Walt Disney.

 

Paranormal Activity. Ecrit et réalisé par Oren Peli. Interprété par Katie Featherston, Micah Sloat, Mark Fredrichs, Amber Armstrong et Ashley Palmer. Produit par Blumhouse Productions. Distribution en France : Wildbunc Productions. Date : 2009. Durée : 1h26. Classification : interdit au moins de 16 ans

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5 Commentaires

  • Lien vers le commentaire Stefane Bihan Lundi, 21 Décembre 2009 12:04 Posté par Stefane Bihan

    Bonjour Frederic
    je cite :
    "Oren Peli n’a fait qu’utiliser une vieille recette qui a toujours rempli les salles et fait grimper les audimats des télévisions."
    Utiliser ne signifie pas "réussir"
    a aucun moment il n'a même tenté de dépoussiérer cette vieille recette.
    A mon sens,il a même decrédibiliser ce genre de film a 3 sesterces en buzzant sur une BA archi "manipulée".
    On est dans le mensonge et la fausse information.

  • Lien vers le commentaire Frédéric Espi Mardi, 08 Décembre 2009 21:30 Posté par Frédéric Espi

    C'est sur, on a vu mieux. Après dans mon article, j'ai essayé d'expliquer comment le film fonctionnait en mettant de côté les "j'aime / j'aime pas" et autre jugement de valeur (principe de la critique) et donnant ici quelques éléments qui pourraient venir nourrir les inspirations des cinéastes / vidéastes nous lisent. D'ailleurs ce serait marrant de proposer une partie ou rubrique dans laquelle tout le monde pourrait mettre en ligne leur propre parodies ou vidéos en y mettant les notes d'intention

  • Lien vers le commentaire Allan Kilic Mardi, 08 Décembre 2009 21:11 Posté par Allan Kilic

    Caméra HD.... avec vision nocturne en plus !!!!
    Après je ne suis pas trop d'accord avec toi... les dernières minutes du film sont les pires. Sans vouloir spoiler, on nous fait poiroter plus de 5 minutes pour au final... rien !

  • Lien vers le commentaire Frédéric Espi Mardi, 08 Décembre 2009 21:09 Posté par Frédéric Espi

    Je suis en partie d'accord avec toi, les seules minutes qui pouvaient se montrer dignes d'intérêt (les dernières) ont été gâchées par le reste du film.

    Et d'ailleurs, en me relisant, je me suis rendu compte que je n'étais pas tout à fait clair sur le point de la caméra HD et je crois qu'il y a bien un anachronisme: le couple de personnages ne sont pas des professionnels du cinéma, donc monsieur et madame tout le monde, et ils ont en 2005 un modèle de caméra dit "HD", lesquelles ne se sont véritablement démocratisées qu'à partir de fin 2006 à 2007

    Deux hypothèses: soit les personnages sont fortunés et pouvaient se permettre de s'offrir un modèle de caméra qui coûtait une véritable fortune à l'époque ou bien erreur de scénario et là le réal s'est mélangé les pinceaux.

  • Lien vers le commentaire Allan Kilic Mardi, 08 Décembre 2009 20:34 Posté par Allan Kilic

    En toute franchise... ce film est une méga arnaque. On s'ennuit ferme (d'ailleurs le Projet Blair Witch est aussi pas mal dans le genre), ça ne fait pas peur et l'histoire part dans tous les sens sans apporter de réponses. Mais ce qui m'a le plus énervé, c'est bien la bande annonce qui donnait l'illusion d'avoir enfin LE film d'épouvante que tout afficionado attend depuis belle lurette.

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