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Vendredi, 13 Novembre 2009 17:02

Nosferatu / Dracula, les faux-jumeaux

Écrit par  David B.
Nosferatu, la première apparition d'un vampire sur le grand écran Nosferatu, la première apparition d'un vampire sur le grand écran
DRACULA est un des personnages de la littérature qui a le plus inspiré le 7ème Art. Le cinéma et lui sont tous deux nés à la fin du XIXème siècle, et il serait aujourd’hui difficile de dresser une liste des films associés au célèbre vampire. Néanmoins, la première transposition du roman à l’écran est NOSFERATU. Mais alors que ce film muet de 1922, symbole du cinéma expressionniste allemand (à l'esthétique innovante pour l'époque) est devenu une légende de l’Histoire du cinéma, NOSFERATU qui n’aurait pas dû exister, a ensuite bien failli disparaître à jamais.

schreck_nosferatu

DRACULA (Tod Browning, 1931) est la première version (américaine) “autorisée”. Lon Chaney (“l’homme aux mille visages”) qui devait interpréter le bela_lugosicomte Dracula, décéda peu avant ; parce qu’il avait immortalisé LE FANTOME DE L’OPERA (Rupert Julian, 1925), il était le candidat tout trouvé pour incarner le nouveau monstre. Nombreux étaient ses successeurs, mais Bela Lugosi avait deux atouts : premièrement, ses origines austro-hongroises lui donnaient l’accent idéal pour coller au monstre des Carpathes ; deuxièmement, c’est un rôle qu’il avait endossé plus de 250 fois sur la scène du théâtre Fulton à Broadway, dès 1927.
Homme au physique troublant, le courrier de ses admiratrices aurait dépassé en nombre celui de Clark Gable à l’époque. Dans DRACULA, il était notamment question d’accentuer son regard magnétique. Afin qu’il ait les pupilles rétrécies au maximum, ce ne sont pas des lentilles qui ont été utilisées, mais les projecteurs qui lui étaient directement braqués sur les yeux… et surtout, grâce à un montage subtil, pendant tout le film et à chacune de ses apparitions, pas une fois il ne cligne des yeux.

On a longtemps dit Bela Lugosi prisonnier de son personnage, qui lui avait alors assuré une renommée mondiale. En réalité, il n’avait rejoué qu’un personnage "similaire" dans LA MARQUE DU VAMPIRE (T. Browning, 1935) et lugosi_dracularendossé la cape du comte dans une comédie d’Abott & Costello (DEUX NIGAUD CONTRE FRANKENSTEIN) en 1948. Sa fin de carrière est certes jalonnée de films de moindre qualité, et un problème de santé l’a rendu dépendant à la morphine, mais rien ne vient corroborer une fin misérable, telle que le suggère notamment Tim Burton dans son film ‒ excellent au demeurant ‒ ED WOOD (1994), où il est incarné sous les traits de Martin Landau. De plus, qu’il fut enterré dans son costume de Dracula n’aurait pas été son propre souhait, mais la volonté de sa femme et de son fils.
En tout état de cause, Bela Lugosi est considéré comme LE premier Dracula du cinéma – une production Hammer, qui a aussi fait de Boris Karloff, le monstre de Frankenstein le plus représentatif.

Lorsqu’il s’est agit quelques années auparavant de faire en Allemagne un film tiré du roman de Bram Stoker, la veuve de l’écrivain s’est tout bonnement nosferatuopposée à cette démarche, qui d’emblée empêchait l’entreprise de progresser en ce sens. Les producteurs allemands n’avaient pas les moyens financiers de disposer des droits d’auteurs, et du fait, ils n’étaient en aucun cas autorisés d’utiliser l’œuvre existante. Pour se sentir libre d’agir à leur guise, ils décidèrent alors de changer tous les noms, des personnages jusqu’aux lieux. Le scénariste Henrick Galeen  resitua donc l'action non plus à Londres en 1898, mais à Brême en 1838, il renomma le héros Jonathan Harker, Hutter, son épouse Nina, Ellen, le Dr Renfield, Knock, et rebaptisa le comte Dracula, Graf Orlock.
NOSFERATU le “non-mort” allait peu à peu s’immortaliser.
Tourné sous la direction de Friedrich Wilhelm Murnau, d’août à octobre 1921, NOSFERATU, eine symphonie des grauens (Une symphonie de l’horreur) sort en Allemagne en mars 1922.
nosferatu_afficheNoms changés, mais histoire identique, la veuve Stoker engagea deux procès pour défendre les droits sur l’œuvre de son mari, au terme desquels (1925), les copies et négatifs devaient être détruits.
De l’autre côté de l’Atlantique, adapté avec succès à Broadway en 1927, les droits du roman DRACULA ont été achetés par Universal en 1928 pour l’adapter au cinéma… Et voilà que NOSFERATU était tout de même projeté en juin 1929 aux Etats-Unis, dans une version remontée, sonorisée, et titrée THE TWELFTH HOUR !
Florence Stoker eut beau demander jusqu’à sa mort (1937) que l’on détruise les copies du film allemand, des copies cachées ont toujours survécues aussi bien en Allemagne, qu’en Angleterre ou aux Etats-Unis. Si des projections plus ou moins clandestines ont continué jusque dans les années 1960, le film rigoureusement interdit en Suède pour “horreur excessive”, s’est vu autorisé de projection en 1972.

Film restauré en 1984 grâce à la Cinémathèque Française, dans le générique et les cartons traduits en anglais, ont été redonnés aux personnages du film, les noms tirés de l’œuvre originelle.
Ainsi, Dracula a terrassé Orlock, mais NOSFERATU demeure…

max_schreckNOSFERATU est un film si singulier, qu’il fascine à travers les âges au point que son unique remake (de Werner Herzog, 1979, avec Klaus Kinski) souffrira toujours de sa comparaison... Même sa facture allemande n’a pas légitimé cette audace ; il faut dire que refait scène par scène, dans les mêmes décors, et un maquillage identique, ce film hommage ne représentait véritablement d’intérêt qu’à ceux qui l’ont fait…
NOSFERATU hante encore l’esprit des créateurs d’aujourd’hui : un personnage inventé de toute pièce pour BATMAN, LE DEFI (Tim Burton, 1992) et interprété par Christopher Walken, était nommé Max Schreck ; clin d’œil de cinéphile, à la mémoire du comédien allemand qui interprétait Nosferatu…
Schreck signifie “terreur” en allemand ; pour incarner le vampire, F.W. Murnau avait trouvé Maximilian Schreck si laid au naturel, qu’il décida que le maquillage se limiterait seulement à des oreilles pointues et de fausses dents. Aujourd’hui uniquement connu pour cette prestation, Schreck joua dans plus de trente autres films, jusqu’à sa mort en 1936, à l’âge de 57 ans.

ombre_du_vampire_afficheL’OMBRE DU VAMPIRE (2000) relate l’étrange tournage qu’aurait été celui de NOSFERATU en 1921. Réalisé par E. Elias Merhige, avec John Malkovitch dans le rôle de F.W. Murnau, et Willem Dafoe dans celui de Max Schreck, le film reprend les rumeurs les plus folles, la principale étant que Max Schreck était un vrai vampire !
Sorte de making-of romancé qui relève du fantasme délirant, L’OMBRE DU VAMPIRE se termine de surcroit en queue de poisson. Une fausse bonne idée pour un résultat décevant, un film qui n’apporte strictement rien à la légende de NOSFERATU.
NOSFERATU (Friedrich Wilhelm Murnau, 1922) est aujourd’hui du domaine public, et directement accessible en ligne (ci-dessous).

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Le film intégral Dailymotion

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