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Samedi, 13 Février 2010 17:15

Les films vus sous un autre angle Spécial

Écrit par  David B.

La plupart des films ne revendiquent rien de mieux que “divertir” ‒ même si à travers une comédie légère ou un mélodrame, le sujet vise un problème de société. Malgré cela, qu’il soit fort ou sibyllin, le message peut être soit mal interprété et créer une tension inattendue, soit être un outil de propagande passé totalement inaperçu.

Homophobie, misogynie… racisme, nationalisme… ou cigarette ! Question de point de vue.

 

la-couleur-pourpreEn 1985, certains critiques ont vu un acte raciste en LA COULEUR POURPRE (de Steven Spielberg), un film sur la “communauté noire” réalisé par un “blanc”. Il fallait, soit ne pas avoir vu le film pour proférer une pareille énormité, soit l’avoir vu et avoir une enclume à la place du cœur. Mais il fallait avant tout être un calomniateur excessif, pour crier au racisme.

Moins de 50 ans auparavant, alors que le contexte de l’époque était bien plus sensible, le producteur David O. Selznick (lui-même juif) dut réfuter les équivoques raciales qu’aurait véhiculées AUTANT EN EMPORTE LE VENT (Victor Fleming, 1939), alors même que la ségrégation était encore enracinée dans l’Etat de Géorgie, où se déroulait l’action…

 

En 1994, certains ont vu dans REGARDE LES HOMMES TOMBER (de Jacques Audiard), une histoire d’homosexuels refoulés… : un jeune attardé (M. Kassovitz) se liant d’amitié avec un vieux joueur invétéré (J.-L. Trintignant) constamment en fuite, tandis qu’un représentant (J. Yanne) s’est mis en tête de retrouver ceux qui ont tiré sur son seul ami (Y. Back), un flic tombé dans le coma.

Libre à quiconque de se faire son opinion, mais il est utile de rappeler que moins de deux ans avant, RESERVOIR DOGS (Quentin Tarantino, 1992) avait eu droit à la même analyse inspirée.

 

Voir de “l’homosexualité refoulée” dans des films de mecs, c’est une chose. Voir de l’homophobie dans un thriller, c’en est une autre.

philadelphiaDans le même temps, la communauté gay américaine s’était plainte que Buffalo Bill (le tueur immonde dans LE SILENCE DES AGNEAUX ‒ 1991), était un personnage (homosexuel) à qui l’on refuse une opération chirurgicale, et se met à dépecer des femmes pour se confectionner une robe en peau humaine… Une charge sous-jacente pour certains mais telle, que Jonathan Demme a dû rapidement choisir un sujet qui évoquerait la communauté gay, en tous cas d’une façon plus consensuelle et à travers un sujet fort, quitte à être plus larmoyant que violent. Ainsi, PHILADELPHIA (1994) qui est le premier film à traiter du SIDA à-bras-le-corps, a pour ces dernières raisons ému la critique et le public du monde entier, qui ont unanimement salué la performance des acteurs (Tom Hanks auréolé de son premier Oscar), et plus largement, le courage et le talent conjugués pour livrer sur un thème si sensible, un pur produit hollywoodien. Bref, film qui aux yeux d’une communauté silencieuse, disculpait Jonathan Demme de toute homophobie…

 

L’homosexualité n’est heureusement plus (ou moins) un tabou de nos jours, quand elle devient parfois une fausse revendication pour crier contre la discrimination ; une seule réplique résume cette évolution : dans LE PLACARD de Francis Veber (2000), François Pignon (Daniel Auteuil) demande à son voisin (Michel Aumont) « Pour quelle raison vous a-t-on renvoyé autrefois ?

― Pour la même raison qu’ils n’oseront pas vous renvoyer aujourd’hui. »

 

Si la communauté gay américaine a levé une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Demme, la communauté irlandaise des Etats-Unis a exercé une autre pression sur Harrison Ford.

jeux-de-guerreDans JEUX DE GUERRE (Philip Noyce ‒ 1992), il y est Jack Ryan, agent de la CIA. En vacances à Londres, il intervient inopinément dans un attentat (de l’IRA) qu’il fait échouer. Les revanchards terroristes irlandais lui déclarent la guerre, s’en prennent à sa femme et sa fille, et la guerre devient personnelle… Harrison Ford contre les “méchants irlandais”, et voilà que l’irlandais lambda se sentait pointé du doigt !

ennemis-rapprochesHarrison Ford avait beau se gratter la tête, manifestement la pilule ne passait pas – Indiana Jones-contre-les-nazis ne posait pas de problème, mais il faut dire que les Allemands ont plus l’habitude d’être bousculés au cinéma depuis 60 ans. Peu importe que le personnage de Jack Ryan soit dans les romans de Tom Clancy, un Américain d’origine irlandaise : de nos jours, un film est plus exposé qu’un livre n’est lu. DANGER IMMEDIAT (P. Noyce ‒ 1994) boudé, voire boycotté par les Irlandais d’Amérique du nord et du monde entier, a fait se poser des questions à Mr Ford, et aussi son agent qui a dû se démener comme un diable pour trouver le “scénario de la réconciliation”… Il lui fallait un personnage clairement d’origine irlandaise, et accessoirement l’associer avec une star montante, qui interpréterait du même coup un Irlandais. Bingo ! ENNEMIS RAPPROCHES (The Devil’s Own, d’Alan J. Pakula ‒ 1996) est le film qui a remis tout le monde d’accord. Remake d’un film méconnu de 1959 (Shake hands with the Devil), il partageait l’affiche avec Brad Pitt, alors nouvelle coqueluche des midinettes. Encore une histoire où l’IRA joue un rôle (Pitt y est un membre actif), mais vu depuis l’intérieur de la communauté irlandaise étasunienne, avec Harrison Ford en pommettes rosies par l’effort et des reflets roux dans les cheveux, la brouille était dissipée.

Ce film était-il nécessaire ?

C’est en tous cas le dernier du réalisateur Alan J. Pakula, mais par la suite, si Harrison Ford n’a jamais repris le rôle de Jack Ryan, c’est surtout parce qu’il était déjà trop vieux pour incarner le personnage, voulu plus jeune dans les romans de Tom Clancy.

 

tangoAu même moment dans l’hexagone, Patrice Leconte livrait sa farce TANGO (1993), où un juge (Philippe Noiret)  acquitte Vincent (Richard Bohringer) pour le meurtre de son épouse et son amant, et auquel il fait appel quelques temps plus tard, quand son neveu (Thierry Lhermitte) présente avoir des ennuis avec sa femme, demandant à Vincent de tuer celle-ci.

Pour des critiques qui ne comprennent le second degré que lorsqu’il est sous-titré, TANGO n’était qu’un film vulgaire et misogyne. (Il est intéressant de souligner que les féministes bien pensants d’alors, étaient majoritairement masculins.)

le_parfum_d_yvonneLeconte a adapté Villa Triste de Patrick Modiano, pour livrer LE PARFUM D’YVONNE dès l’année suivante, film délicat et sublimement mis en image, où le cinéaste magnifiait la beauté féminine, grâce au personnage que jouait Sandra Majani.

« Boudé par le public et vilipendé par la critique » dixit Leconte lui-même, son film excuse n’a quant à lui pas été accepté.

 

Restons dans l’hexagone justement. Une dizaine d’année après, parce que la politique internationale avait influé sur les choix artistiques des producteurs hollywoodiens, les médias (et le public) français ont fait bonne figure pendant les campagnes de promotions de quelques films américains, mais avec le sourire crispé.

2003, c’est l’année de l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Iraq, et aussi le veto du gouvernement français, lequel est perçu comme un affront par une Amérique meurtrie (11-septembre 2001) et revancharde. Dès lors, si le Moyen-Orient est un ennemi fantomatique, le français est devenu un adversaire pointé du doigt, et le méchant systématiquement mis en scène dans plusieurs grosses productions… A la fin de cette année 2003, le premier film anti-français notable est MASTER AND COMMANDER : THE FAR SIDE OF THE WORLD (De l’autre côté du monde) de Peter Weir, qui en adaptant des romans de Patrick O’Brian, narre les aventures d’un équipage britannique à la poursuite d’un navire français (américain dans le récit original !), avec à sa tête Russell Crowe, qui en capitaine Jack Aubrey voulait lutter contre la Guillotine et la Marseillaise.

master_and_commander

une_grande_anneeUn Zorro (La légende de Zorro, 2005) et deux James Bond plus tard (qui donc avaient à dézinguer deux français ‒ Simon Abkarian puis Mathieu Amalric), la France n’est finalement pas plus méchante, que l’Iraq ne possédait d’armes de destruction massive… Et Hollywood s’adapte rapidement à la politique internationale, en adoptant une attitude tout-sucre-tout-miel. Comme un mea culpa, en 2006 la France redevient attrayante pour les producteurs américains, notamment à travers les yeux du même Russell Crowe, qui cette fois met de l’eau dans son vin dans UNE GRANDE ANNEE (de Ridley Scott).

La suite des aventures de Jack Aubrey, dans MASTER AND COMMANDER : THE REVERSE OF THE MEDAL (Le revers de la médaille ‒ 2010), sera-t-il l’illustration de cette erreur de jugement ?

 

Peu importe… un film est avant tout un spectacle.

Mais comme il ne faut pas confondre susceptibilité et paranoïa, il ne faut pas non plus confondre prudence et prophylaxie.

 

Susceptible ? Devant la portée planétaire d’une production américaine, l’Irlandais ou le Français se sent indirectement blessé d’être dans une histoire où il sera, du fait, le perdant annoncé. Ce spectateur-là, touché dans son intégrité nationale, craint au fond de lui d’être représenté négativement aux yeux du monde… Mais finalement il prête aussi moins d’attention à cette philosophie quand dans un autre film, le méchant est Russe, Mexicain ou Arabe…

Il ne faut donc pas être parano : de toute façon, les héros sont Américains (ou Britanniques amalgamés) !

 

gainsbourg-vie-heroiqueQuant à la prudence, il s’agit d’une notion très respectable. Mais poussée à l’excès, elle finit par devenir très irritante. Les journalistes mâles qui reprochaient la misogynie de TANGO, ou les vertueux calomniateurs (blancs) qui accusaient LA COULEUR POURPRE d’être un film raciste, sont de la même eau que ceux qui aujourd’hui en France, font retirer toute affiche où apparaît une cigarette ! (COCO AVANT CHANEL ; GAINSBOURG, VIE HEROÏQUE)

un-mauvais-filsAffligeants.

Pourtant, il est utile de rappeler qu’en 1980, des distributeurs avaient préféré voir sur l’affiche d’UN MAUVAIS FILS (de Claude Sautet), Patrick Dewaere tenir entre les doigts un ticket de métro, plutôt qu’un mégot.

3 ans avant que Lucky Luke n’ait un brin d’herbe aux coins des lèvres.

Et 11 ans avant que la loi Evin ne soit promulguée…

 

Cigarette, racisme, misogynie : vois ce que tu peux, comprends ce que tu veux.

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire Yves Jeudi, 29 Avril 2010 17:51 Posté par Yves

    Article intéressant à l'analyse pertinente.

  • Lien vers le commentaire Noodles Lundi, 15 Février 2010 09:21 Posté par Noodles

    Sujet intéressant.
    J'aurai bien vu une petite ligne sur "la dernière tentation de Christ", mais le sujet, se voulant réact dès le départ, suscite plutôt un article complet !
    Bravo pour l'analyse !


    Noodles.

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