Mercredi, 22 Juillet 2009 14:11

Comment devenir maquilleur (2e partie)

Après avoir vu, dans la première partie, le statut du maquilleur, la voie royale d'accès au métier, la carte professionnelle de chef maquilleur, comment choisir une école, et un programme minimum à connaître pour exercer correctement ce métier, voici comment faire pour trouver votre premier travail rémunéré en tant que maquilleur professionnel.

Le book

Le book, que vous commencerez généralement à réaliser à l’école, sera votre carte de visite auprès des professionnels, aussi il vaut mieux qu’il vous serve bien pour leur donner envie de vous engager vous plutôt qu’un autre.

Vous y mettrez vos travaux les plus représentatifs dans le domaine que vous aurez choisi pour y faire votre carrière : cinéma-spectacle, ou mode, photo, événementiel ou artistique. Vous le présenterez alors à des personnes aux profils différents, spécialistes de ces domaines, mais les photos devront présenter votre travail de maquillage, clairement, lisiblement, sans retouche, ni flou artistique, ni éclairage trop intensif masquant les qualités et/ou défauts de votre travail. Ce ne doit donc pas être des photos d’art, de photographe, mais juste des aides-mémoires sans trucage de vos compétences, de maquilleur. Veillez-y soigneusement, c’est vital pour vous.

  • Un chef maquilleur de cinéma voudra savoir exactement comment vous travaillez au moment où vous venez le voir, pour savoir si vous êtes immédiatement opérationnel sur son futur projet ou si vous devez encore travailler tel ou tel point particulier. Présentez-lui des photos bien éclairées, bien lisibles quant à ce qu’elles représentent, et sans effets photographiques recherchés ni retouches qui ne l’intéresseront pas et ne vous seront donc pas utiles. Présentez-lui aussi des photos variées de styles utiles au cinéma : beautés diverses, naturelles et un peu sophistiquées, vieillissements, postiches, effets divers, maquillage artistique, etc… Mais n’abusez pas du sang qui est en maquillage ce que la mayonnaise est en cuisine : un cache misère.
  • Un maquilleur de mode sera plus heureux de voir des photos de beauté que des photos de gorges tranchées, et un maquilleur artistique préférera voir vos body-paintings que des vieillissements au latex.

Quoi qu’il en soit, après votre sortie d’école, on ne sera pas choqué si votre travail est encore scolaire. C’est bien normal : vous n’avez pas encore acquis le niveau d’expérience de votre interlocuteur. Mais vous devrez remplacer les photos dont la technique est dépassée dès que possible.

Précision utile : ne vous attribuez JAMAIS le travail d’un collègue ! Certains ont essayé pour se faire engager plus vite de présenter de beaux travaux qu’ils n’avaient pas faits eux-mêmes : mais cela s’est très vite su et a tourné aussi vite à leur confusion. Ils ont dû quitter le métier précipitamment pour avoir voulu y entrer prématurément en trichant.

Site web

De nos jours, la rapidité est un critère important pour se faire connaître, aussi bon nombre de jeunes maquilleurs sortant de l'école s'empressent-ils de mettre un site en ligne et d'envoyer cette référence pour chercher du travail. Les employeurs potentiels, en effet, peuvent voir leur travail, mais c'est une arme à double tranchant. Pour que ce site vous soit utile, il convient qu'il soit accessible directement : ne le mettez pas sur un hébergeur qui demandera une inscription ou un code préalable avant d'ouvrir votre page. Les employeurs n'ont pas forcément envie de perdre leur temps à ces attrape-nigauds publicitaires. Choisissez un hébergeur direct et gratuit et ne mettez que des photos lisibles exposant votre travail le plus clairement possible.

Qui contacter, pourquoi et comment ?

Ça y est, vous avez non seulement choisi votre école, mais suivi ses cours et passé l’examen final. Comment allez-vous trouver un job, à présent ?

Vous voilà devenu un professionnel du maquillage, vous espérez donc légitimement gagner de l’argent en travaillant pour vivre. Je vous rappelle qu’un métier n’est pas qu’un simple passe-temps, mais ce qui vous permet en principe de payer vos frais existentiels : loyer, assurances, nourriture, vacances, etc. Il est donc normal de se faire payer pour travailler, quel que soit votre degré d’expérience professionnelle, et cela dès votre premier engagement.

Pour commencer, contactez des chefs-maquilleurs, et seulement eux : c’est un chef maquilleur et seulement lui qui, choisissant l'équipe dont il sera responsable vis à vis de la production, vous fera engager sur un film s’il a besoin d’un stagiaire et veillera alors à ce que vous soyez payé. De même quand vous serez assistant. Souvenez-vous à ce propos qu'un bon assistant aura plus souvent l'occasion de travailler qu'un chef moyen. Plus tard, vous aurez connu des directeurs de productions, des réalisateurs, des acteurs qui feront appel à vous pour être à votre tour chef-maquilleur sur un de leur film.

Méfiez-vous des pièges tendus aux débutants ignorants des règles et désireux de travailler :

  • Entre les productions qui ont déjà leur équipe, celles, trop nombreuses, qui n’aiment pas les solliciteurs (vos CV vont directement à la poubelle), et celles qui ont tendance actuellement à vouloir des personnels mal payés ou carrément gratuits, ce qui entraîne qu’ils n’ont pas de couverture sociale en cas d’accident du travail, inutile donc de les appeler pour proposer vos services.
  • De trop nombreux jeunes réalisateurs ou photographes débutants (pas tous, heureusement ! les vrais pros sérieux savent que votre travail mérite un bon salaire) vous proposeront le plus souvent de travailler bénévolement, en échange d’un DVD ou de photos, qui vous sont dues de toute façon, mais que vous ne verrez jamais (ou exceptionnellement) si j’en crois ma longue expérience de ce métier et les nombreux récits que m’ont faits les jeunes collègues. Ils ne vous respecteront pas (alors que vous leur rendez service), pas plus que votre travail (parce qu’il ne leur aura rien coûté), et prendront l’habitude de vous demander gratuitement. Mais le jour où vous demanderez à vous faire payer normalement, ou lorsqu’ils auront un budget normal, vous n’existerez plus pour eux. De plus, aller travailler gratis vous coûte de l’argent et du temps, ce qui est le contraire du but recherché.

Il ne faut donc pas avoir peur de vous faire respecter dès le début, de faire respecter votre travail, notre métier, en vous faisant payer pour maquiller, et faisant rembourser intégralement tous vos frais, (déplacement, fournitures, hébergement, etc…). Ne vous laissez pas abuser par ces affligeantes offres d'emplois "bénévoles" qui polluent le net et une certaine presse, vous vous feriez du tort à vous-même, ainsi qu'aux autres professionnels, en sciant la branche sur laquelle vous voulez vous asseoir. Et n’ayez pas peur qu’un autre fasse le job à votre place : s’il n’y a pas de budget pour vous, il n’y en aura pour personne d’autre de toute façon et vous n’aurez rien perdu.

Bien que les rémunérations des chefs maquilleurs soient souvent très mystérieuses, vous pouvez parler avec les collègues pour avoir une idée du niveau des rémunérations normalement pratiquées, et sachez qu'il existe des barèmes minimum disponibles sur Internet.

Pour contacter les chefs-maquilleurs, vous trouverez leur liste sur les annuaires professionnels spécialisés, sur internet ou dans les grandes bibliothèques. Vérifiez leurs CV sur internet (IMDb, etc…), et appelez les plus sérieux, les plus expérimentés. Appelez-les gentiment, prenez rendez-vous si possible, rencontrez-les dès qu’ils peuvent vous recevoir, présentez leur vos travaux, voyez les leurs, faites des tests si on vous le demande, gardez fréquemment le contact sans toutefois les harceler (une fois par mois est une bonne idée en moyenne). Comme il est probable que ça ne marche pas du premier coup pour diverses raisons, ne désespérez pas, ne laissez pas tomber, soyez persévérant, ouvert et disponible, et rappelez souvent quand même. Un jour ou l’autre, ça finira par marcher.

Et vous commencerez à travailler et à gagner votre vie de ce métier.

Débuter est ce qu’il y a de plus facile, malgré les évidentes difficultés déjà évoquées.

Après cela, il vous appartiendra de faire le nécessaire pour durer, vous faire réengager. Mais c’est un autre problème…

Quelques conseils très importants

Méfiez vous des réputations, bonnes ou mauvaises, comme de la peste ! Elles peuvent ne pas être justifiées. Lors de vos démarches, ne vous laissez JAMAIS influencer par ce qu’on pourra vous dire des gens ; faîtes-vous votre propre jugement sur des faits : voyez le travail des chefs vous-même. Ce qui vous importera, c’est de travailler pour acquérir de l’expérience. Du moment où avec lui vous pourrez apprendre quelque chose d'utile pour votre métier, peu vous importe que le chef soit ronchon ou souriant (encore que ce soit préférable, mais dans une situation stressante, l’urgence va à l’efficacité sur le travail à faire vite plutôt qu’aux ronds de jambes); de plus, les réputations sont transmises selon l’humeur aléatoire des gens et non sur des faits tangibles, elles peuvent donc être frelatées plus ou moins volontairement selon le sentiment de la personne qui s’exprimera devant vous.

Ne restez jamais seul(e) dans votre coin : gardez le contact avec des collègues de tous niveaux, anciens élèves de votre promotion ou maquilleurs déjà en exercice, entretenez et développez vos connaissances techniques professionnelles pour toujours rester au courant des dernières évolutions, faites des essais chez vous, mais demandez à un collègue, si possible plus expérimenté, de superviser vos essais et démarches afin de ne pas prendre de défauts, et faites-en autant pour lui : on avance toujours mieux à plusieurs qui s’épaulent bien qu’à se morfondre tout seul parce qu’on n’a pas le moral faute de bon boulot payé normalement.

Même s'il est normal qu'on vous demande de "faire vos preuves" en début de carrière, n’ayez jamais honte de ne pas savoir faire quelque chose dont on vous parle : dites-le calmement et apprenez-le. On ne peut pas tout savoir, même après de nombreuses années de pratique, encore moins au début. C’est normal de ne pas connaître une chose, c’est anormal et non professionnel de faire semblant de la connaître, et la prétention ne paie pas longtemps. Tout au long de votre vie professionnelle, vous devrez continuer à découvrir les nouveaux matériels et à apprendre les nouvelles techniques pour vous maintenir à jour et au top.

Faites vos démarches de recherche d’emploi auprès des chefs maquilleurs sans humilité excessive ni arrogance (si, si, ça existe : j’en ai vu si intimidés qu'ils n'osaient à peine parler et d'autres qui ne voulaient carrément pas esquinter leur vernis à ongles dans la colle à postiches ou une cuvette de plâtre…) : soyez-vous même, curieux, discret, efficace, l’esprit ouvert, serviable, disponible ; acceptez joyeusement toutes les corvées professionnelles (mettre les tables, laver les éponges, etc), mais n’allez pas chercher un café s’il n’est pas demandé gentiment à un moment où celui qui le demande n’est pas occupé. Un stagiaire n’est pas une boniche mais un respectable apprenti en formation.

Enfin, quand vous travaillerez dans l’équipe d’un chef maquilleur, pensez que vous ne travaillez pas que pour vous mais pour lui et toute l’équipe dont vous faites partie. Et, alors qu’on écarte vite les mauvaises têtes, on reprend toujours une équipe qui marche bien et donne de bons résultats… donc vous.

 

N'hésitez pas à poser des questions ou laisser un commentaire ci dessous.

Dans la chronique suivante, je vous parlerai d'un aspect curieusement méconnu du travail du maquillage au sein d'une équipe de production : La préparation du maquillage avant tournage.

A bientôt

2 commentaires

  • Lien du commentaire Alain Folgoas Mercredi, 21 Juillet 2010 10:06 posté par Alain Folgoas

    Bonjour Hélène, Mon domaine d'activité et ma formation étant le maquillage de spectacle, je n'ai pas l'expérience professionnelle pour répondre à votre question, n'ayant moi-même jamais exercé en tant qu'esthéticienne ou vendeuse, maquilleuse-conseil. Le maquillage repose sur deux jambes : l'une est l'esthétique ville, la vente et les maquillages pour embellir la clientèle, l'autre étant le cinéma-spectacle où le maquillage crée systématiquement un personnage, parfois très proche et parfois très éloigné de l'artiste. Ce sont donc deux métiers complètement différents, à tout points de vue (formation, responsabilité juridique, statut salarié ou commercial, etc...) même si parfois ils se croisent, mais l'un n'est pas l'autre et réciproquement, et il ne faut pas les confondre ni faire faire à l'un le travail de l'autre. Je vous suggère de vous informer auprès d'un syndicat de l'Esthétique, de Pôle-Emploi ou du Registre des Métiers si le poste est artisanal. Je ne pense pas, a priori, que ce travail soit libéral, connaissant de nombreuses vendeuses-conseil salariées en magasins. Mais si vous avez un BP d'esthétique, vous pouvez sans doute vous établir en indépendante, sous votre propre responsabilité ? Encore une fois, je ne sais pas, et regrette de ne pouvoir vous aider plus précisément. Tenez-moi au courant, svp, ça peut intéresser d'autres lecteur(trice)s de ce site. Merci d'avance à vous. Mais n'hésitez pas à me poser toutes les questions que vous voudrez concernant le maquillage de spectacle, je serai ravi d'y répondre.

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  • Lien du commentaire helene Lundi, 19 Juillet 2010 13:00 posté par helene

    Bonjour, Merci pour ces informations. Je voudrai avoir votre point de vue. Je ne veux pas devenir maquilleuse de plateau? Mais en ce qui concerne les personnes qui veulent exercer en tant que maquilleur-conseil, je sais que le CAP Esthétique est de mise, mais j'ai entendu dire que 3 années dans cet emploi pouvaient également être prise en compte. Qu'en dites-vous ? Merci pour votre réponse.

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