Le statut
Un maquilleur n’est ni un coiffeur ni une esthéticienne, comme nous l’avons déjà dit dans une précédente chronique. Cela vaut non seulement pour le travail à fournir proprement dit, mais aussi pour la formation et le statut.
La formation en esthétique et en coiffure est commune à toutes les écoles de chacun de ces deux métiers et débouche sur deux diplômes d’état, le CAP et le BP. De même qu’un coiffeur, une esthéticienne peut être engagée comme salariée dans un salon ou un institut de beauté ou travailler indépendamment comme artisan. Ces diplômes ouvrent une reconnaissance légale des compétences minimum et donne le droit juridique d’exercer les métiers considérés. Cette reconnaissance protège leur responsabilité civile et les autorise à prendre une assurance professionnelle s’ils créent un problème dermatologique à leur client. Sans ces diplômes, un maquilleur exerçant la coiffure court de graves dangers pour lui même et en fait courir à ses clients ou modèles, car il n’est tout simplement pas assurable. Dans le cadre d’une activité salariée sous contrat régulier de maquilleur sur une production de spectacle, ce risque est couvert par les assurances sociales.
En France, le statut juridique professionnel détermine le mode de rémunération et le prix réel du travail. Salarié, pour un salaire brut de 100 € vous percevez environ 80€, mais vous coûterez en fait à l'employeur environ 150 € puisqu'il devra payer des charges sociales, plus le temps payé à son comptable. Artisan, commerçant, libéral, si cela était légal, vous lui feriez une facture ou une note d'honoraire et ça ne lui coûterait rien de plus que les 100€ en question. C'est pour cela qu'il y a de plus en plus de propositions cherchant à contourner la légalité pour abaisser le prix du travail et demandant une facture pour le prix du salaire. Précisons cela clairement.
La seule définition officielle, actuellement et en attendant une prochaine évolution de cette aberrante situation, est fiscale : le maquilleur est un technicien du spectacle, salarié, à employeurs multiples, en clair: un intermittent du spectacle. Dans le spectacle (vivant et audiovisuel), il n'est donc pas juridiquement un "travailleur indépendant" et il n’est donc pas autorisé à faire des factures (commerciales, artisan ou société), ni des notes d’honoraires (professions libérales). Ceux qui s’y risqueraient tomberaient sous le coup de la loi et devront tôt ou tard subir de lourds redressements d’URSSAF et fiscaux. Sachez qu’en cas de note d’honoraires, le fisc prend 50% du chiffre d’affaire, et c’est à vous de payer vos charges sociales (retraite, assurance maladie et accidents du travail, congés payés, etc… Et, en période d'inactivité professionnelle, chômage, cela ne vous donne aucun droit à percevoir une indemnisation Assedic qui est l'assurance chômage des seuls salariés). Toutes ces charges déduites, combien vous restera t-il sur la somme modique qu’on vous proposerait dans de telles conditions ? entre 23 et 25% seulement. Vous voyez donc ce qu’il faut demander pour gagner les 100€ dont on voudrait récompenser votre prestation ? 4 fois plus. Jamais on ne vous accordera 400 quand on vous propose 100. Comment donc estimer et faire payer son travail ?
Bien que hors spectacle (mais est-ce vraiment "hors spectacle" ?), on veuille que le maquilleur fasse des factures de "travailleur indépendant" (prétendu équivalent du Freelance anglo-américain), à l’évidence, vous avez tout intérêt à ne pas accepter de telles propositions, même si elles sont de plus en plus fréquentes, en photo et mode notamment, et à demander fermement à être payé en salaires, légalement. Pour vous donner davantage de précisions sur les avantages et inconvénients de ce statut, je vous propose ce lien, mais il y en a beaucoup d'autres sur Internet.
Il est donc grand temps qu'enfin un statut juridique national reconnaisse la profession de maquilleur et ses particularités dans ses divers secteurs d'activité, car aujourd'hui, la Loi ne reconnaît que le statut de salarié intermittent et il n'est pas permis d'alterner les statuts de salarié et d'indépendant sans perdre ses droits sociaux. Mais ce n'est pas ici la place de trop développer ce problème. Pour ceux que cela intéresse, je les invite à consulter des spécialistes du droit du travail.
J'ignore malheureusement la situation dans les autres pays francophones où il y a du cinéma. Aussi, si des collègues et amis maquilleurs du Canada, notamment au Québec, de Belgique, de Suisse ou des pays africains pouvaient m'envoyer un topo clair et précis de la situation dans leur pays à cet égard, je pourrais en faire des synthèses et les mettre en ligne ici. Naturellement, ils peuvent aussi la publier directement sur ce site. Je crois que cela pourrait être intéressant et instructif pour tout le monde.
La Voie Royale et la carte professionnelle
Avant les années 60 et jusque dans les années 70-80, avant la création et l’essor des écoles de maquillage professionnel actuelles, l’accès au métier était réglementé par les textes du Centre National de la Cinématographie, toujours officiellement en vigueur aujourd’hui, et se faisait par ce que l’on appelait alors la Voie Royale : on devait être stagiaire (apprenti) sur trois films français de long métrage, puis assistant (compagnon) sur six films français (ou co-production majoritairement française) de long métrage, et de préférence avec un maximum de chefs-maquilleurs différents (on en apprend ainsi davantage qu’avec un seul), avant de pouvoir déposer un dossier de demande de Carte d’Identité Professionnelle de Chef-Maquilleur (Maître, selon les termes des anciennes corporations) au CNC. Une dérogation était parfois accordée s’il manquait un assistanat et qu’une occasion sérieuse se présentait.
Ce système existe toujours, et il faut encore en 2009 remplir les mêmes critères pour demander la fameuse carte professionnelle qui, seule, permettra d’exercer les fonctions de chef-maquilleur sur un film. La carte professionnelle est donc actuellement la seule garantie pour une production d’un minimum de formation du maquilleur responsable. Elle est obligatoire pour faire un film comme seul maquilleur, mais pas si vous êtes assistant d’un chef présent ou stagiaire.
De plus, puisque nationale, elle est valable dans tous les domaines (LM, CM, téléfilms et séries, théâtre, etc…), même si la loi ne l’exige pas dans tous. Il vaut donc mieux l’avoir. Il n’existe à ce jour pas de carte professionnelle d’assistant maquilleur ni de stagiaire. Elle n’est jamais requise en mode, événementiel ou artistique.
Comment faisait-on alors ces fameux 3 stages et 6 assistanats ? Il fallait contacter des chefs-maquilleurs jusqu’à en trouver un qui ait besoin de quelqu’un à ce moment là, et il vous faisait engager par la production. Comme il n’y a pas d’emploi régulier dans ce métier, patience et persévérance étaient indispensables, et le découragement à proscrire.
Malgré les écoles, c’est encore le cas aujourd’hui.
Les écoles
Comme nous l’avons vu, il n’existe pas encore de cursus national commun obligatoire pour toutes les écoles, elles sont donc libres d’enseigner ce qu’elles veulent, comme elles veulent et au prix qu’elles veulent. Néanmoins, vous pouvez vous faire une idée de ce que devrait être un tel cursus en lisant la chronique précédente : Les différents types de maquillage au cinéma. Pour bien vous préparer au métier de maquilleur de cinéma, vous devriez apprendre à faire tous ces maquillage, à les faire durer toute la journée et donc à les entretenir. En sortant de l'école, naturellement, vous ne pourrez pas encore tout maîtriser car vous ignorerez encore les conditions de la vie de plateau, très différentes du calme douillet d'une salle de classe, mais au moins vous serez capable de suivre et d'aider utilement le chef maquilleur qui vous aura fait venir sur un tournage.
Le prix peut paraître cher, mais il ne l’est que si l’on n'accorde pas de valeur au maquillage - ni aux maquilleurs qui l’enseignent et qu’il faut bien payer - ou si le programme enseigné ne répond pas suffisamment sérieusement aux exigences professionnelles réelles. Il faut donc relativiser cette notion de cherté. De plus, de larges subventions sont accordées par les organismes de formation professionnelle.
Certains élèves se destineront au cinéma-spectacle, d’autres préféreront la mode, la photo ou l’événementiel, aussi les écoles enseignent-elles toutes les disciplines du maquillage, et c’est très bien ainsi car un maquilleur de cinéma doit pouvoir tout faire.
Mais ne rêvons pas : on n’apprend pas tout en trois mois, encore moins en deux semaines de cours du soir. S’il faut deux et trois ans aux coiffeurs et esthéticiennes pour obtenir un diplôme national en deux degrés, pourquoi les maquilleurs auraient-ils besoin de moins de temps pour un programme sérieux et vraiment complet ? Et croyez-moi, il y a beaucoup à apprendre et beaucoup à faire avant d’arriver à un niveau sérieux raisonnable. On ne devient pas maquilleur par caprice orgueilleux, mais par le travail et la patience.
Naturellement, les maquilleurs qui voudront se spécialiser en beauté, mode, mariage ou maquillage artistique, seront moins exposés à devoir faire des vieillissements, blessures ou postiches qu’un maquilleur de cinéma, et si cela leur arrive, ils n’auront pas la même exigence de résultat de qualité pour ce genre de choses que pour l’écran.
Comment choisir son école ?
Pour bien choisir votre école, vous devrez chercher les programmes des cours de plusieurs écoles, vérifier si leurs orientations conviennent à vos aspirations et si les cours sont donnés par des personnes qualifiées, capables de vous transmettre une réelle expérience acquise pendant des années sur le terrain, et non par des maquilleurs qui n’ont jamais fait un film sérieux ou les élèves de l’année précédente comme ça se voit (hélas !) parfois. Vous devrez y trouver des classes, donc des professeurs spécialisés, pour les trois classes principales : le cinéma (Théâtre et TV en font partie, ainsi que les postiches et les prothèses), la mode et la photo, le maquillage artistique ou body-painting. Depuis quelques années, la technique de l’aérographe est employée dans divers domaines avec des produits de diverses natures, il sera donc bon de vous assurer que son enseignement vous sera prodigué.
Naturellement, il est indispensable que vous soient enseignées des bases solides de cosmétologie, d’hygiène et sécurité pour l’usage des produits d’effets spéciaux, d’histoire du maquillage et des modes (coiffures et poil facial), d’histoire du Théâtre et du Cinéma. Il est souhaitable de savoir dessiner, au moins un peu, et indispensable d'apprendre à sculpter, modeler et mouler pour les prothèses. La connaissance de langues étrangères, notamment l'anglais, est un plus quasiment indispensable.
Vérifiez aussi si le matériel est fourni ou à vos frais et la durée des cours.
Aucun maquilleur que j’ai rencontré dans ma longue carrière ne trouve tout ce dont il a besoin chez un seul fournisseur : vous devrez donc apprendre à connaître toutes les marques professionnelles, toutes les textures, tous les produits afin de pouvoir déterminer le plus approprié à un projet futur qui vous sera présenté. Mais, bien entendu, vous n’utiliserez pas tout et ferez vite votre choix de matériel judicieux au fur et à mesure de votre expérience.
Pour ceux qui voudraient devenir maquilleur de cinéma, puisque c’est le thème de ce site et ma spécialité principale, je recommande un enseignement long, un an très concentré au moins, de préférence deux, afin d’avoir le temps de bien pratiquer et maîtriser toutes les techniques, y compris celles des autres disciplines, car personne ne réussit de chef-d’oeuvre du premier coup. De plus, cela vous permettra de passer plus de temps en documentation.
En tout état de cause, vérifiez si les maquillages enseignés dans l’école sont de la qualité de ceux que vous voyez sur les écrans de cinéma, et le cas échéant, estimez en quoi ils sont différents.
Les bases minimum à apprendre obligatoirement
Les maquilleurs américains étaient autrefois formés dans les studios des majors pendant 50 semaines de 5 jours de 10h par an pendant deux ou trois ans, puis ils devaient passer un concours devant les représentants des autres studios et des syndicats de maquilleurs. Après quoi, s’ils avaient réussi leur test, ils étaient autorisés à prendre un film en charge. Bien entendu, ils avaient alors effectués largement l’équivalent de nos 3 stages et six assistanats, et connaissaient non seulement les techniques, mais la vie de plateau (qui ne s’apprend évidemment pas à l’école) et l’éthique du métier, ce dont on ne parle que peu ou pas du tout dans les écoles.
Le programme du concours était le même pour tous, et comportait les épreuves suivantes, chacune avec une durée limitée correspondante : naturel, beauté, pose et maquillage d’un faux crâne, une barbe au poil à poil, une blessure, un vieillissement avec les moyens du bord (sa boîte), un autre avec des prothèses (éventuellement perruques).
Il est souhaitable que tout candidat à devenir maquilleur de cinéma sache au moins faire cela. Il est aussi souhaitable aujourd’hui qu’il sache faire du body-painting et manipuler un aérographe. Vous devrez donc vous assurer que ces disciplines figurent au cursus standard de l’école de votre choix.
De plus, un certain nombre d’effets simples à réaliser à partir de sa boîte, sont indispensables à apprendre.
La fabrication des prothèses simples fera partie intégrante de ce cursus standard. La fabrication de prothèses plus élaborées, ou d’effets spéciaux, pourra faire l’objet d’un module complémentaire, indispensable pour ceux qui voudront acquérir un haut niveau dans le cinéma-spectacle.
Aux Etats-Unis, le concours test existe toujours aujourd'hui en 2009 pour les maquilleurs de cinéma et les syndicats américains y veillent très sérieusement, ainsi que la très sérieuse Academy des Oscars. Il n'est pas exigé pour les futurs maquilleurs de mode ou de photos de beauté et de nombreux maquilleurs de body-painting exercent leur talent sans avoir toutes les qualifications requises pour faire du cinéma.
A propos des bases minimum, je vous recommande la lecture de ma chronique sur les différents maquillages au cinéma. Si vous ne maîtrisez pas correctement ces bases, il faut vous rapprocher d’une école qui les enseigne en module spécifique.
En outre, vous devrez commencer à apprendre le pourquoi du maquillage avant de penser au comment. Ceci fera l’objet d’une autre chronique.
Et aussi : après l'école, tout au long de votre carrière, vous devrez continuer à apprendre les nouvelles techniques et les nouvelles matières pour ne pas rester figé et évoluer.
A suivre…
Pour des raisons de mise en page, je suis obligé de couper cette chronique en deux, et vous renvoie sur la 2ème partie où je vous parlerai du bon usage d'un book utile, à qui s'adresser et qui contacter pour débuter, quelles démarches à faire après l'école, et enfin quelques conseils à garder tout au long de votre carrière…
A bientôt












