Lundi, 06 Juillet 2009 10:01

Bancs Publics (Versailles Rive-Droite)

Trois décors successifs (un immeuble de bureaux, un jardin d’enfants et une grande surface de bricolage) + une foultitude de célébrités – souvent sous-employées – qui viennent dire un bon mot, puis tirent leur révérence à la manière de ces fresques historiques de Sacha Guitry, ça n’est pas suffisant – sur le papier, du moins – pour faire un bon film.

Pourtant, certains personnages sont si justement brossés qu’ils en deviennent attachants.

La vie de ces gens simples qui nous ressemblent finit par nous amuser et l’on se prend à rire de bon cœur, surtout dans le dernier tiers du film (le plus délirant) qui voit un déferlement de gags et nous conduit à l’heureux dénouement d’une romance teintée de poésie.

Et si la société toute entière se retrouvait ici, dans ce qu’il convient d’appeler un microcosme et qui n’emprunte finalement à la ville de Versailles – citée en sous-titre – que très peu d’éléments (la fontaine au bateaux, peut-être) !

Tous les caractères, du plus jeune au plus sénile, y sont systématiquement passés en revue à la manière d’un ethnologue ou d’un Candide feignant de s’étonner des petitesses d’un monde ridicule.

Je ne m’échinerai pas ici à énumérer toutes ces figures (elle sont près de cinquante) souvent détestables parfois grotesques, campées par autant d’artistes de renom, parfaitement castés.

Disons que Pierre Arditi incarne un chef d’entreprise à côté de ses pompes comme on en voit peu, Josiane Balasko est une employée vieillissante qui a du mal à contenir des années de ressentiment envers ses anciens collègues, les conseillers du magasin Brico-Dream (Bruno Podalydès en tête, mais aussi Olivier Gourmet et Samir Guesmi, tous deux excellents dans des registres diamétralement opposés) orchestrent un ballet hilarant qui rythme la troisième et dernière partie du film, où l’intervention de quelques valeurs sures de la comédie, comme Poelvoorde, n’occulte pas celle de talents prometteurs (Philippe Uchan, en client à la recherche d’un foret).

Bruno Podalydès, réalisateur, semble dresser un constat désabusé d’un monde qui – à la manière de la super-foreuse excavatrice Beuck DCA 7 Fergus - ne tourne plus très rond.

Tel le Jacques Tati de MON ONCLE ou PLAY TIME, il utilise le gag pour stigmatiser tous ces travers de la nature humaine qui le révoltent.

On peut retrouver ce point de vue ouvertement réprobateur dans les attitudes et propos du clochard, finement interprété par Eric Elmosisno (qui donne ici un aperçu très convaincant de ce que pourra être son interprétation du Gainsbourg de Joann Sfar).

Il est sans conteste le personnage clé de la seconde partie, située dans un jardin d’enfants (le « square des Francine »), où toutes sortes de gens se croisent, s’abordent et surtout parlent de tout et de rien. Les horaires d’ouverture du square rythment la vie de ce SDF, réglée comme du papier à musique, et le regard – à la fois tendre et désespéré – qu’il jette sur ses semblables est un contre-pied à la fausse harmonie qui règne sur tout ce petit monde.

Et pourtant, au milieu de tout ce tumulte jacassier, il reste l’amour. Ces « bancs publics » que chantaient Brassens (et qui donnent son titre au film) ne sont pas là que pour le décor.

Egarés dans la ville tels des amoureux de Peynet, le couple central qui entraîne insensiblement le spectateur d’une séquence à l’autre est constitué de deux êtres purs et débordant d’illusions :

Tout d’abord, Lucie (Florence Muller), la gentille secrétaire, qui plus que quiconque s’émeut du sort de cet homme seul qui a déroulé une banderole sous sa fenêtre, ce qu’elle interprète immédiatement comme un appel au secours, et Aimé (Denis Podalydès), ce pierrot lunaire, qui partage sa vie entre l’amour des poissons (et de la mer en général) et une vie professionnelle désastreuse comme vendeur chez Brico-Dream.

Leurs mises en présence successives (à travers une porte palière dans la première partie, autour d’un avion en papier dans la seconde et, enfin, au rayon des aquariums dans la dernière), permettent au scénario de trouver sa respiration et auront comme résultante – attendue – d’apporter au film un happy-end réjouissant !

Ce BANCS PUBLICS est une réussite qui conclue brillamment pour Podalydès la trilogie commencée avec son court métrage VERSAILLES, RIVE-GAUCHE en 1992 et poursuivie avec DIEU SEUL ME VOIT (Versailles-Chantiers) en 1998.

Je le recommande sans restriction à tous les amoureux du cinéma, du rire et de la poésie.

Acteurs : 8
Mise en Scène : 8
Montage / Effets Spéciaux : 6
Musique : 7
Photographie : 7
Scénario : 6
Note : 7

Note des internautes :

( 3 Votes )

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1 commentaire

  • Lien du commentaire Allan Mardi, 07 Juillet 2009 10:44 posté par Allan

    Je me demande quand même si le film n'est pas trop ennuyeux, vue la mise en scène (3 lieux). En plus, les critiques n'ont pas l'air extraordinaires...

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