Les vampires existent, ils ont fait leur coming out, lorsqu’une firme japonaise a créé le sang de synthèse True Blood, vendu partout en bouteilles de O-, A+…selon les préférences ! Bien sûre, ces créatures occupent alors les débats télévisés, et la question de leur place dans la société est le sujet brûlant du moment ! Dans la réalité de tous les jours bien entendu peu de gens ont encore rencontré de véritables morts vivants. Un soir Bill Compton (sublime Stephen Moyer) débarque dans le bar régional où Sookie Stackhouse (Anna Paquin) est serveuse. Sookie a une particularité : elle est télépathe. Et c’est probablement parce qu’elle ne peut pas l’entendre et aussi parce qu’il est beau comme un dieu qu’elle tombe sous le charme de Bill !
L’histoire se passe en Louisiane. Outre le clin d’œil à la vampirique Nouvelle Orléans d’Anne Rice, cet état est un extraordinaire terroir à récits : d’ici viennent le blues et le jazz, musique du cross road deal. Le diable dit-on, se présente toujours, si on l’attend à un carrefour (je ne parle pas du supermarché, encore que… !)
Le Sud, grand perdant fasciné de la guerre de Sécession, instigateur d’une discrimination contre les noirs qui ne s’allégea que dans les années 60 est le territoire parfait pour cette histoire. C’est le lieu où le concept d’intégration est le plus emblématique ! Tous les acteurs y sont en place : un racisme et une intolérance ancrés dans les traditions, une religiosité hors paire, des croyances vaudous, une certaine quotidienneté du surnaturelle, chaleur, humidité, sensualité, sexualité, un air chargé de désir que nul couteau ne peut trancher, bref Tennessee Williams rencontre Dracula ! Je cite Tennessee Williams et n’ai pas encore fait mention de Charlaine Harris qui est l’auteur de la série livresque dont est adaptée True Blood !
Cette saga est nommée en français « La communauté du sud ». La première saison de True Blood, correspond au premier tome. Quand on a lu les livres (je n’en ai lu qu’un mais c’est suffisant), on comprend à quel point Allan Ball est un scénariste génial : l’oeuvre de Charlaine Harris est une histoire à l’eau de rose, agrémentée de suspense où le sexe sent le fantasme de vieille femme frustrée, il y a d’ailleurs un côté Qu’est-il arrivé à Baby jane ? dans la sexualité décrite par Charlaine Harris! Ball en revanche a approfondi le personnage de Jason Stackhouse (Ryan Kwanten), le frère de Sookie en en faisant une sorte de marathonien du sexe, et de la drogue! Il a ajouté les personnages noirs : Rafael et Tara rendant le sud au peuple qui en a le plus souffert, et recentrant ainsi la série sur des problématiques de société et sur la jeune génération. De cette oeuvrette au concept intéressant Ball créer une métaphore sociologique, une sorte d’échiquier, sur lequel on voit en direct la montée et l’évolution des conflits « raciaux » : entre individus, entre communautés, les confrontations culturelles, et ce qu’il advient lorsqu’il y a émulsion (hum…) ! C’est ce qui rend cette série foutrement excitante !
True Blood est initiatique au sens adulte du terme, il ne s’agit plus comme dans Buffy de passer de l’adolescence, à l’age adulte, il s’agit maintenant de passer du statut de membre de la société à celui d’individu conscient, éveillé ! L’expérimentation avec le vampire devient la clef des portes de la perception, une initiation aux mystères du monde et de la vie ! Ancrée dans la mentalité contemporaine cette série est exaltante et c’est la plus sexuelle jamais montrée à la télévision. Elle est absolument jouissive ! True Blood est brûlante et l’invitation de Jace Everett ne se refuse pas « I wanna do bad things with you ! » mais que deviennent les notions de bien et de mal dans le vertige des sens ? À suivre…












