Pour répondre à cette question en étant le plus bref que je le puisse, un scénariste écrit des scénarios, les histoires qui serviront de colonne vertébrale aux films que vous irez voir ou télécharger ou au pire des cas, attendrez de voir sur TF1 quand Canal vous en aura fait une overdose. Un scénariste imagine, se met en quatre pour vous émerveiller, faire rire, pleurer, aimer un acteur ou détester un acteur (si, si, certains scénaristes écrivent pour des acteurs qu’ils détestent pour les rendre plus détestables encore aux yeux du public. Je ne balancerais pas de noms, sinon je perdrais tout espoir de gagner un César un jour, tellement ceux-ci sont nombreux).*
Vous avez compris ou je dois vous faire un dessin ? Donc, si je suis scénariste, je ne suis pas…
1 – Agent artistique : une mère de famille vient me voir avec une fille aussi attirante qu’une dorade grillée et la crinière d’un balai à toilettes teint de résidus de matière fécales. A l’air de ressemblance entre les deux, on imagine le lien qui les unit.
La mère : Monsieur, vous qui travaillez dans les films, vous voulez pas faire tourner ma fille ?
Moi : Ecoutez madame, votre fille a-t-elle de l’expérience dans le jeu ?
La mère : Elle adore le Monopoly et les Petits Chevaux.
Moi : Je parlais de théâtre, de jeu d’acteur. A-t-elle déjà pris des cours de théâtre ?
La mère (qui s’énerve) : Comment ? Déjà qu’elle est moche, ma fille, faut qu’elle apprenne à jouer ? Mon pauvre, elle est pas foutue de retenir le digicode de l’immeuble, qu’est-ce que tu veux qu’elle fasse du théâtre ?
Moi : Faut qu’elle commence par là, ce serait un excellent début.
La mère : Allez viens ma fille, je vais t’inscrire à Secret Story, là, il y aura de vrais professionnels.
2 – Chroniqueur mondain : non, je ne connais pas la vie privée des stars, et SCOOP : je m’en balance…
Une passante : Hé vous, vous connaissez Catherine Deneuve ?
Moi : Non, madame, je n’ai pas ce plaisir.
La passante : Paraît qu’elle est toute refaite.
Moi : Et vous, qu’est-ce que vous faites devant une clinique esthétique bandée comme ça ?
La passante : C’est pas pareil.
Encore une perle :
Un homme éméché : Hé, alors le cinéaste, il paraît que Depardieu est rarement sobre ?
Moi : Je suppose que comme tout le monde, ce grand monsieur doit être un bon vivant.
Un homme éméché : Non, paraît qu’il est bourré tout le temps.
Moi : Qui vous a dit ça ?
Un homme éméché : Je sais pas. C’est ce qu’on dit.
Moi : Vous ne devriez pas écouter les ragots.
Un homme éméché : Ah ben, vous savez, si Depardieu était sobre, il ferait plus de film, faut être bourré pour faire les merdes qu’il fait !
Moi : Et vous, si vous étiez sobre…
Le barman (qui arrive) : Oh parle pas de malheur, jeune, j’ai pas envie de faire faillite !
3 – Intermittent du spectacle : Non, un scénariste n’est pas intermittent du spectacle. Il n’a pas besoin de faire d’heures pour avoir le chômage (principale motivation des intermittents), il vit de droits d’auteur, pour les plus chanceux, et du RSA, d’amour et d’eau fraîche pour les autres, mais il est solidaire et les soutient de tout son cœur avec eux dans leurs revendications et surtout n’hésite pas à prendre leur défenses face à ce genre de scène :
Une vieille femme : Ohlàlà, ces intermittents du spectacle, ils sont encore en grève ! Vous avez vu ça, madame Lucienne ?
Une deuxième vieille femme : Ah vous voyez, c’est ça, mai 68 ! Tous des fainéants maintenant !
La première vieille femme : Oh regardez, quelle belle lumière…
La deuxième vieille femme : Oh les beaux décors ! Tiens, pour une fois, elle est bien maquillée celle là !
La première femme : Oh c’est joli ce film !
Moi (derrière les vieilles) : S’il vous plaît mesdames, j’aimerais apprécier ce film fait par des intermittents fainéants, entre deux grèves.
Oui, même dans un cinéma d’Art et d’Essai (Cinéma Mazarin, Aix-en-Provence), on entend ce genre de stupidités.
4 – Producteur : Merci aux « wannabe », apprentis comédiens et techniciens de s’adresser aux personnes les plus aptes à vous embaucher. Non, un scénariste n’a (malheureusement, et je le déplore) pas le pouvoir de choisir ses techniciens et comédiens. Mais ce choix fait partie des (trop nombreuses) prérogatives des réalisateurs avec la bénédiction (du chéquier) du sacro-saint producteur. Oui, un auteur ne peut pas avoir de conditions ou de droits de regards là dessus sauf s’il est scénariste-réalisateur ou le must : scénariste-réalisateur-producteur, mais là, c’est comme le pétrole, faut chercher longtemps avant d’en trouver.
Et enfin, je ne suis pas, et je vous em*** :
5 – Malade mental : j’ai fait le choix d’écrire, car j’aime écrire. L’écriture est pour moi l’occasion de me laisser aller à créer des situations, des personnages à qui je ferais vivre des aventures, de la romance, de l’humour, du frisson, des dilemmes, des bonheurs, bref, tout ce qui donnera aux spectateurs l’envie de s’identifier aux personnages. Et de ce fait, NON, je n’écris pas pour combler une vie plate ! Non, je n’utilise pas l’écriture pour me défouler et régler mes problèmes personnels, je m’en inspire, nuance ! Et oui, je me porte bien, et porte en moi une joie de vivre que je veux transmettre à tous !
Voilà, la prochaine fois que quelqu’un se présentera à vous, comme scénariste, ne lui crachez pas dessus un venin de méchanceté sur les célébrités (le « blog » jeanmarcmorandini.com et la presse people sont là pour ça), ne le prenez pas pour un pole-emploi et encore moins un juré de la Nouvelle Star, mais dites lui simplement merci d’être là, car comme le disait si bien Alfred Hitchcock « Pour faire un bon film, il faut d’abord un bon scénario, un bon scénario et un bon, scénario ».
Je vous embrasse,
Frédéric ESPI.












