Mercredi, 27 Janvier 2010 21:39

Sherlock Holmes

Élémentaire mon cher Watson... Élémentaire mon cher Watson... Warner Bros. Pictures Inc.

Lorsque votre serviteur s'en alla gaiment regarder Sherlock Holmes, le film sorti récemment, c'était avec un sérieux  a priori. Bah oui, casting de rêve, bons scénaristes, super compositeur de musique et sujet plus que très bien, il était logique d'en attendre beaucoup de ce film. La bande-annonce ayant achevé de mettre l'eau à la bouche de votre dévoué, ses espérances étaient dantesques. Mais tâchons de rester objectifs et de dégager le bon du mauvais...



Première chose à savoir, ce n'est non pas une adaptation d'un roman de Sir Arthur Conan Doyle, mais bien du comic book de Lionel Wigram. Ce n'est pas follement important pour l'intrigue, ce cher monsieur Wigram ayant très bien respecté les personnages et le style doylien, mais cela influence l'esthétisme. En effet, les films adaptés de comics sont toujours plus photogéniques, plus graphiquement et esthétiquement peaufinés. Certains détestent cette touche immédiatement reconnaissable, d'autre en raffolent, mais tous sont prévenus.
Deuxième détail à ne pas ignorer, nous avons ici affaire à un film "commandé" par un studio de production (en occurrence, la Warner). Le studio a donc choisi son réalisateur, ses scénaristes, ses acteurs, et ainsi de suite. Quelle différence ? Tout ! Parce que le seul but avoué est ici de faire un film qui marche, et donc qui rapporte. On évite donc tout ce qui pourrait être artistiquement défendable, mais budgétairement inintéressant. Ce n'est ni un mal ni un bien, le spectateur doit juste savoir que tout a été prévu pour plaire au plus grand nombre.

Vous êtes toujours avec moi ? Alors attaquons sans plus tarder !
Sherlock Holmes démarre très vite. Un bon point. Dès que les lumières s'éteignent, ça y est, on est dedans. On ne sait pas encore ce qui se passe, mais on est pris à la gorge. Le rythme ne ralentira d'ailleurs pas, les moments plus calmes servant tout de même à la progression de l'intrigue (et de l'enquête). Pas une minute on se dit "oui, c'est bien beau tout ça, mais est-ce qu'on pourrait revenir au film, s'il vous plaît ? J'ai pas payé ma place pour les voir cueillir des choux-fleurs, moi !". Ce qui est bien, et suffisamment rare pour mériter d'être souligné.

Les émotions sont bien dosées, il y a un juste équilibre de suspens, d'intensité et d'humour. On aurait juste pu espérer des moments plus poignants - par exemple, sans trop révéler de l'intrigue, lorsque l'on pense que l'un des personnages principaux vient de mourir, on n'y croit qu'à moitié, on est un peu sous le choc; et là, tout de suite, avant qu'on ait eu le temps d'être vraiment triste, on nous annonce qu'il a survécu. C'est décevant.

L'intrigue est bien ficelée, très doylienne, retorse juste comme il faut, excellente. On se torture les méninges jusqu'à la fin, où toutes les pièces s'emboîtent avec une perfection extatique. On aurait pu espérer une fin moins prévisible - on sait que Holmes va réussir, mais bon, cela fait partie de cet univers, il n'y a pas à pinailler. Un point négatif toutefois : une des règles du genre policier - et, jusqu'à preuve du contraire, nous y sommes - est que l'auteur doit fournir suffisamment d'indices pour que le lecteur/spectateur puisse deviner le dénouement. Pas avec facilité, pas du premier coup, pas sans se déclencher une fusion neuronale, mais cela doit être possible. Ici, pas assez d'indices. On comprend que Holmes a comprit quelque chose, mais de là à savoir quoi... C'est un peu dommage.

La musique, si l'on ignore qui s'en occupe, est géniale. Instruments à cordes - logique, c'est quand même de Holmes qu'il s'agit - et flûtes de Pan pour la majorité, rythmes trépidants et fringants, parfois même franchement arrogants, bons timings, ambiance très "bohème", tout ça très bien. Puis l'on apprend que c'est Sa Majesté Hans Zimmer qui l'a signée, et là on ne comprend plus. Un changement radical de style - comme il le fait de temps à autre -, des thèmes manquant de virtuosité, sa célèbre patte pourtant en temps normal si reconnaissable totalement absente, ... C'est bon en soi, mais pour du Zimmer, c'est loin d'être terrible. Comme le dirait le grand-oncle Alfred de votre serviteur, ça casse pas trois pattes à un canard.

La photographie. Oh oui. Il n'y a pas d'autre mot. Oh oui. Utilisation des images de synthèse excellente, éclairages brillants, cadrages géniaux, couleurs impeccables, graphismes sublimes, esthétisme soigné à l'extrême. Comme dit précédemment, tout cela crie à l'adaptation de comic book, mais ce n'est franchement pas un mal. Rien à redire dans ce domaine.

Le jeu des acteurs - détail qui, mine de rien, à son importance. Robert Downey Jr., qui joue Holmes, et Jude Law, qui interprète Watson, sont brillants. Ils campent leur personnage à la perfection, ils sont présents, vivant, éclairés. Ils jouent avec une palette d'une subtilité infinie, et partagent de toute évidence une belle complicité - les petits "jeux" entre Holmes et Watson sont charmants, on ressent véritablement une forte et longue amitié entre eux, leur proximité est tout simplement parfaite. Jude Law en Watson stoïque et droit est parfait, et Robert Downey Jr. en Holmes "gamin", agaçant et facétieux est excellent. Leur duo est véritablement magique et donne toute sa dynamique au film. Sur ces deux-là, donc, rien à redire, on frise de très près la perfection.
Mark Strong, interprétant le super-méchant Lord Blackwood, est tout aussi bon. Mystique, effrayant, mystérieux, à moitié fou, il fait de l'excellent travail en usant de mouvements de manteau, de grands gestes des sourcils et de regards plus qu'expressifs. Grandiloquent sans être ridicule, son personnage est une adversité qui aurait pu être plus implacable - mais la faute est là à imputer aux scénaristes -, mais qui est tout de même redoutable.
Rachel McAdams est une Irene Alder très sensuelle, d'une grande beauté et aussi mutine qu'un chat, mais elle ne tape pas plus dans l'œil que cela. Elle semble un peu vide, d'une part, et son personnage aurait pu être mieux traité - après qu'on ait rapidement épuisé son stock d'indépendance, elle redevient une pâle gonzesse amoureuse. Décevant.
Enfin, Kelly Reilly interprète Mary Morstan, la fiancée du Dr John Watson. Si le but était de camper une femme terne, translucide, ennuyeuse et plus qu'agaçante, alors banco. Si ce n'était pas le cas... Et bien, désolée, merci d'avoir joué.
Les personnages  tertiaires sont, dans l'ensemble, assez bon. L'Inspecteur Lestrade, entre autres, est tout ce qu'il y a de très bon.

Comme remarque finale, nous noterons ce qui aurait pu être plus travaillé : le titre. "Sherlock Holmes", avouez qu'on aurait pu faire un soupçon plus original.

Pour résumer, ce film est-il bon ? Oui. Très bon. Faut-il aller le voir ? Oui à nouveau. A coup sûr. Est-ce une œuvre toute en subtilité et en questions existentielles menant à l'introspection ? Non, clairement pas. Mais il est d’une grande efficacité, très distrayant, et on en sort guilleret.

Courrez donc au cinéma si vous ne l’avez pas encore vu.

 

Acteurs : 7,5
Mise en Scène : 7
Montage/Effets spéciaux : 7
Musique : 6
Photographie : 7,5
Scénario : 7
Note : 8

Note des internautes :

( 2 Votes )

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1 commentaire

  • Lien du commentaire Allan Kilic Mercredi, 27 Janvier 2010 21:53 posté par Allan Kilic

    Je partage exactement le même point de vue. Ça reste un excellent divertissement. Le scénario est bien rodé, même si effectivement c'est presque impossible d'avoir une idée de l'énygme. En même temps, ce n'est pas un problème, car le traitement du film fait que le spectateur est plus pris dans l'action que dans la réflexion.

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