Mardi, 12 Janvier 2010 20:42

Vampires, vous avez dit vampires ??? Favori

Le vampirisme à l'eau de rose Le vampirisme à l'eau de rose Summit Entertainment
L'autre jour, je feuilletais un magazine, quand je suis tombée sur un encadré (un de plus…) qui parlait du phénomène bien connu de Twilight. Oui, Twilight. Vous savez, ces bouquins adaptés en films où une gamine teeellement attachante débarque dans un trou perdu nommé Fourchettes (ou Croisements, selon la traduction officielle, mais j’avoue sans complexe préférer la mienne) et tombe amoureuse d’un beau et gentil vampire centenaire qui n’aime personne - sauf elle, bien sûr. Quoi, vous ne connaissez pas, ô chanceux ermite ? Et bah vous ne savez pas ce que vous ratez et, croyez-moi, c’est un don du ciel…
Toutefois, si comme moi vous avez l’immense (dé)plaisir de connaître Twilight, alors ceci est pour vous. Sont priés de quitter cet appareil les fans qui supportent mal que l’on critique cette (horreur) œuvre. Le commandant de bord souhaitent un agréable voyage aux passagers restants et leur rappelle d‘éteindre leur ceinture et d’attacher leur cigarette pour le décollage. Merci.


Pour commencer, parlons de l’intrigue de Twilight. C’est facile, il n’y en a pas. Il y a une intrigue secondaire, avec ses hauts écœurants et ses bas suicidaires, mais pas d’intrigue principale. Oops. L’auteur (une certaine Stephenie Meyer (non, ce n’est pas une coquille, y’a pas de « a » dans son prénom)) l’aurait-elle égarée ? Sûrement. Donc, pendant des milliers de pages, on bassine le lecteur avec une histoire qu’on pourrait résumer comme suit :

- Je t’aime, dit Bella.
- Oui, mais c’est pas possible, répondit Edward.
- Mais je t’aime vraiment, insista Bella.
- Bon, alors c’est bon, dit Edward.

Oui, Bella et Edward sont les héros. On ne saurait en douter, leurs prénoms sont écrits en moyenne quatorze fois par page chacun. D’ailleurs, parlons d’eux, les personnages. En générale, pour créer un personnage de bon roman, on considère qu’il a entre quatre et sept traits de caractères principaux, plus une bonne grosse flopée de traits secondaires. C’est que, mine de rien, une personnalité humaine, c’est complexe. Ah oui, mais pas pour Mme Meyer. Chez elle, les gens ont au mieux deux traits de caractère. Bella, notre chère héroïne, est gentille et courageuse. D’aucun dirait bien « un peu cruche », aussi, mais d’aucun n’aime pas dire de mal. Edward, lui, est mystérieux (hum…) et ultra-possessif. Là aussi, d’aucun rajouterait bien quelque chose, mais…
Donc, voilà pour le boulot d’écrivain. Un style plus agaçant qu’autre chose, une intrique qui tient en une phrase stupide, une kyrielle de personnages plats et inutiles. J’admets très bien les erreurs de jeunesse, mais pitié, qu’on ne les publie pas ! Comment cette femme parvient à vendre des millions d’exemplaires alors que tant d’écrivains de qualité ne sont même pas édités, je dois dire que cette question ne cesse de me hanter.
Mais regardons-y de plus près. Qui est-ce qui achète Twilight ? Les gamines pré-pubères, leurs aînées en mal d’affection qui aiment le nunuche, les adolescentes prises dans le phénomène de mode, … Un public plutôt facile à satisfaire, en somme, pas vraiment exigeant et dont l’esprit critique n’est qu’un embryon dormant d’un sommeil sans rêve. Tous ces gens-là aimeraient habiter à Fourchettes et qu’un type qui n’aime personne et est merveilleusement beau tombe soudainement amoureux d’elles. Bah oui, quand on vit quelque chose, on ne se rend pas compte d’à quel point ledit quelque chose est à pleurer, d’un point de vue scénaristique. Logique, Patrick.

Ensuite, parlons un peu de la façon dont Mme Meyer traite le vampirisme - mine de rien, c’est un thème abordé. Comment sont les vampires de Twilight ? Et bien, déjà, ils sont beaux. On le dit assez souvent pour qu’on le comprenne bien, ils sont beaux, vraiment beaux, délicieusement beaux, terriblement beaux. Okay, pourquoi pas. C’est une constante ces derniers temps, le Mal ne doit plus être repoussant, mais attirant, car tentateur. Je suis pour, dans l’ensemble.
Ensuite, ils ne vieillissent pas. D’accord, classique, ça me va très bien.
Ils (les héros, les gentils) refusent de boire du sang humain. Ah ? … Bon. Ce n’était pas un peu ça le but du vampire, quand même ? D’accord, ça le rend moins gentil, mais bon… c’est que c’est pas fait pour être gentil, en même temps. Un vampire qui boit du sang animal, c’est pratiquement un humain, non ? Mais soit, passons, continuons.

Un truc intéressant, dans le vampirisme, c’est la relation que ça induit entre le vampire et la lumière. Techniquement, c’est une allégorie, si la lumière du jour (symbole de vie, d’énergie positive, de Yin, de Bien, de vérité, ce genre de choses) les incommode à ce point, c’est parce que leur « âme », leur nature profonde est maléfique, noire, Yang. La Lumière leur fait du mal car elle est et représente tout ce qu’ils haïssent. Et de là, chaque auteur fait un peu ce qu’il veut. Dans le Dracula de Bram Stoker, c’est-à-dire la genèse du vampirisme sous sa forme actuelle, les vampires sont juste incommodés par la lumière du Soleil, elle diminue leurs pouvoirs, alors que dans la plupart des autres histoires, elle représente un danger mortel pour eux, une adaptation du mythe qui n’est pas pour me déplaire. On se rappelle tous au moins une scène de vieux films jubilatoires où le méchant vampire est battu juste parce que le héros est parvenu à le distraire suffisamment longtemps pour qu’un rayon de lumière le touche. Alors, comment réagissent Edward et ses potes à la clarté diurne ? Et bien… Ils brillent. Oui-oui, vous avez bien lu, ils brillent. Couverts de paillettes, genre shinny drag queen. Ils brillent. C’est pas un défaut de pelloche, ou le type des effets spéciaux qui était un peu pinté en venant au boulot, non-non, c’est normal, il paraît. Nos amis, les féroces vampires ténébreux, qui ne veulent pas manger les gentils humains, quand un rayon de soleil les touche, ils brillent. Et personne n’a l’air de trouver ça bizarre. Je veux dire, je suis à fond pour les licences poétiques, si on ne modifie pas un peu un mythe de temps à autre, il se meurt très vite, mais entre une discrète petite touche caractéristique d’un auteur et ça, il y a de la marge, tout de même, non ?
Bah non, visiblement.

D’ailleurs, en parlant de vampirisme, Mme Meyer a opéré un changement drastique qui ne s’est pas tout de suite vu mais qui est pourtant bien là. En effet, avant le virus Twilight, qui est-ce qui aimait les vampires ? Une certaine (assez importante, même) tranche de la population gothique, les nostalgiques des films de leur jeunesse, ceux qui vouent un culte à Anne Rice quoi qu’elle fasse, une portion de la population métalleuse (NdA : donc les fans de musique métal), les simples amoureux du mythe, … Certainement pas une majorité, donc. Pour débusquer des passionnés de vampirisme, il fallait un peu chercher. Pourquoi ces gens aimaient-ils cela ? Pour la beauté du mythe, son romantisme très noir, à l’esthétique soignée, pour son côté effrayant, parce qu’il y a des effusions de sang (oui, ô fans de Twilight, il y a normalement au moins un peu d’hémoglobine dans ce genre d’histoires), parce que les vampires sont follement élégants et ont la classe, … Il y a des milliers de raisons, cela dépend naturellement du passionné, de ce qu’il cherche, et où il le cherche. Comparer la trilogie Blade à Vittorio le Vampire est délicat, ces deux œuvres n’ayant que peu de points communs.
Mais, désormais, qui aime les vampires ? Les gamines de treize ans. Pourquoi ? Parce qu’Edward est beau.

Vous comprenez, il y a une sorte de pacte tacite qui régit la propriété de chaque élément culturel. Les filles branchées et populaires dans leurs écoles ne portent pas de corsages noirs rehaussés de dentelles et de petits crânes en argent, et les filles qui ont ce style ne portent pas de minijupes roses. Non seulement parce que personne n’a envie de ressembler au camp adverse, mais en plus parce que le faire serait violer le pacte. C’était pareil pour les vampires. Ils appartenaient à ces minorités, qui en échange de quoi ne faisaient rien concernant les poneys roses, la nouvelle scène de la chanson française, le hip-hop ou que sais-je encore. Mme Meyer a violé le pacte, elle a rendu les vampires à la mode et commercialisables, et croyez-moi bien quand je vous dis qu’il y en a deux ou trois qui sont loin d’être heureux d’avoir été dépossédés de la sorte. Elle en a fait des êtres mignons, gentils, très fréquentables, qui jouent au base-ball en famille, capables d’avoir des enfants et on ne peut plus aimables. Sans vouloir critiquer, les vampires sont des êtres dénués d’empathie, cruels même sans le vouloir, ne faisant certainement pas de sport tous ensemble le dimanche, et incapables de se reproduire, est-ils besoin de le préciser ? (Un vampire étant techniquement mort, son cœur ne bat plus, ergo son sang ne circule plus, ergo coucher avec quiconque devient délicat.) Le comte Dracula de Bram Stoker est vieux, repoussant et sent mauvais, en plus d’être un monstre sadique. On est loin des gentils vampires sucrés de Mme Meyer, pas vrai ?

Et pourtant, le succès est au rendez-vous, à un tel point que certains n’ont pas honte de comparer Twilight à l’œuvre, au monument de J.K. Rowling, Harry Potter. Loin de moi l’idée de pousser les hauts cris et de m’indigner, mais… Bon sang, ça vous arrive de réfléchir ?! La richesse, l’intensité, la complexité et la qualité du travail de Mme Rowling ne ont en rien comparables à ce que fait sa collègue américaine. Il suffit de réfléchir deux secondes pour s’en apercevoir, qu’il s’agisse de l’intrigue du nombre de personnages, de leur profondeur, de la qualité de style, des références culturelles, de la complexité de l’univers créé, de l’intensité émotionnelle ou que sais-je encore. Je n’arguerai pas sur le sujet, la vérité me paraît trop évidente. Je me contenterai donc de cette blague trouvée sur le net qui résume merveilleusement la situation :

« Joane Kathleen Rowling a prouvé que l’on peut écrire pour la jeunesse une œuvre de plus de mille pages. Stéphenie Meyer a prouvé que, parfois, il vaut mieux s’abstenir. »
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