Ce soir, à 20 heures, Abu et sa femme fêteront le septième anniversaire de leur fille, Leila. Mais avant de se réunir, chacun devra vaquer à ses occupations journalières. Abu, chauffeur de taxi, commence par emmener sa fille à l’école. Ensuite, il va au Ministère de le Justice, comme tous les matins, car son vrai métier n’est pas taxi mais Juge ! Lui qui a travaillé dix ans comme Juge dans un autre pays Arabe, lui à qui on a demandé de revenir dans son pays,
Cette journée s’avère être, en fait, une journée comme les autres ! Car même si dans les journaux télévisés, on nous montre (presque) tous les jours des attentats, des affrontements, la guerre entre les Palestiniens et les Israéliens… on a totalement fini par oublier que dans ces pays, il y a aussi des gens qui essaient de vivre normalement… dans un contexte anormal ! Et c’est ce que nous montre le réalisateur de cet excellent film.
Et toute l’intelligence du cinéaste, c’est de ne pas nous prendre en ‘otage’ car à aucun moment, il ne prend parti. Il ne nous dit pas que les méchants sont les vilains Israéliens et que les victimes sont les pauvres Palestiniens. Il ne porte pas de jugements, il ne se permet pas de critiquer. Son film est un constat, le portrait d’un pays, une photo du quotidien des Palestiniens.
Mais, en même temps, son état des faits, des choses ne peut pas faire autrement que de dénoncer l’absurdité de la situation, de la vie qui règne dans ce pays. Et là, on découvre avec stupeur que ses habitants vivent dans le chaos total, dans l’agressivité permanente, dans la peur car ils sont continuellement surveillés et contrôlés par ‘l’envahisseur’ israélien, dans les airs ou aux check-points, par exemple. En même temps et en contrepoint, beaucoup de Palestiniens sont armés. D’ailleurs, sur le taxi d’Abu, il y a un autocollant qui dit qu’il ne prend pas de passagers avec des armes !
Le cinéaste, avec de petites anecdotes, nous montre que le pays est dans une situation de catastrophe humanitaire (alors qu’Israël maintient sa position de colonisation) où les gens font la queue pour avoir des aides, sans même savoir lesquelles… où les coupures d’électricité et d’eau sont ‘courantes’… où la guerre est continuellement omniprésente, ici ou aux alentours… en résumé, le pays vit dans l’anarchie complète. A côté, car il faut bien essayer de vivre dans ce contexte, Abu et sa famille représente l’innocence et la joie de vivre.
Pour conclure, jamais le propos du film n’est lourd, ne tombe dans la démonstration ou le misérabilisme. Bien au contraire, on suit avec intérêt la journée ‘horrible’ de ce pauvre taxi. « L’Anniversaire de Leila » nous rend compte de l’état d’un pays, d’un peuple comme un vrai témoignage que l’on ne peut pas se permettre d’ignorer.
A ne pas rater non plus : « Le Temps qu’il reste » d’Elia Suleiman que je vous ai présenté plus haut. Sur des sujets différents, on s’aperçoit que les deux films sont vraiment complémentaires. Ils nous présentent, chacun à leur façon, la même vision d’une réalité difficile mais avec une légèreté, une intelligence qu’il est rare de voir sur ce genre d’histoires. Quand deux très grands cinéastes parlent de leur pays, de leurs racines… de la vie, le résultat est très au dessus de la moyenne !
